Maroc : les nouveaux tarifs douaniers des États-Unis
Les États-Unis appliquent un droit de douane aux exportations du Maroc qui confirme son rôle stratégique dans le commerce transatlantique
Commerce USA–Maroc : Rabat préservé dans le virage protectionniste de Washington
Alors que les États-Unis durcissent leur politique commerciale à l’égard de nombreux partenaires, le Maroc apparaît comme l’un des rares pays à bénéficier d’un traitement tarifaire relativement favorable. L’administration Trump a officiellement notifié Rabat des nouvelles conditions d’accès au marché américain, confirmant un droit de douane limité à 10 % sur les exportations marocaines. Une décision lourde d’enjeux économiques et géopolitiques, qui pourrait repositionner le Royaume comme un acteur clé des chaînes d’approvisionnement mondiales.
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🌍 Un nouveau cadre tarifaire dicté par le protectionnisme américain
Cette notification s’inscrit dans la continuité directe des mesures protectionnistes annoncées par le président Donald Trump en avril 2025. Fidèle à sa doctrine économique axée sur la défense des intérêts industriels américains, la Maison-Blanche a introduit une série de droits de douane dits « réciproques », visant à rééquilibrer les échanges commerciaux jugés défavorables aux États-Unis. Ces nouvelles barrières tarifaires concernent un large éventail de pays, avec des taux différenciés en fonction des relations économiques et stratégiques entretenues avec Washington.
Dans ce cadre renouvelé, le Maroc se voit appliquer un taux de 10 % sur ses exportations vers les États-Unis, un niveau sensiblement inférieur à celui imposé à plusieurs autres pays de la région. La Tunisie, par exemple, est frappée par un taux de 28 %, tandis que l’Algérie se voit appliquer une taxation encore plus lourde, atteignant 30 %. Cet écart significatif ne relève pas du hasard et traduit une hiérarchisation claire des partenariats aux yeux de l’administration américaine.
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🤝 Un signal politique fort en direction de Rabat
Pour de nombreux analystes, cette différence de traitement constitue un signal politique autant qu’économique. Elle suggère une volonté assumée de Washington de préserver et renforcer ses relations économiques avec le Maroc, considéré comme un partenaire stable, fiable et stratégiquement aligné sur plusieurs dossiers régionaux et internationaux. Le Royaume bénéficie en effet d’un accord de libre-échange avec les États-Unis en vigueur depuis 2006, un cadre juridique qui structure depuis près de deux décennies les échanges bilatéraux.
Cet accord n’a toutefois pas échappé à la dynamique de réévaluation engagée par l’administration Trump. Sa possible révision a été au cœur des discussions lors de la visite officielle, en janvier dernier, de Jason Smith, président du puissant Comité des voies et moyens de la Chambre des représentants, une instance clé en matière de fiscalité et de commerce extérieur. Lors de son déplacement au Maroc, le responsable américain s’est entretenu avec le chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, ainsi qu’avec le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, témoignant de l’importance accordée à ce partenariat.
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📦 Des exportateurs sous pression et des stratégies de contournement
L’annonce des nouveaux droits de douane américains était particulièrement scrutée par les acteurs économiques internationaux, notamment en Asie. Les exportateurs asiatiques, et en premier lieu les entreprises chinoises, subissent de plein fouet le durcissement des barrières commerciales imposées par Washington. Face à cette fermeture progressive du marché américain, de nombreux industriels cherchent désormais des solutions de contournement, en passant par des pays bénéficiant de conditions tarifaires plus favorables.
C’est dans ce contexte que le Maroc pourrait tirer un avantage stratégique majeur. Grâce à son accès relativement préservé au marché américain, à son réseau d’accords de libre-échange et à la montée en puissance de ses zones industrielles, le Royaume est en mesure de se positionner comme une plateforme de production et d’exportation vers les États-Unis. Cette perspective suscite un intérêt croissant de la part d’industriels asiatiques désireux de relocaliser une partie de leurs chaînes de valeur afin de contourner les droits de douane élevés.
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🏭 Le Maroc, hub industriel et commercial en devenir
Au-delà des considérations tarifaires, le Maroc dispose de plusieurs atouts structurels qui renforcent son attractivité. Sa stabilité politique, la qualité de ses infrastructures portuaires et logistiques, ainsi que sa proximité géographique avec l’Europe et l’Amérique du Nord en font un hub industriel crédible. Les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique, de l’électronique et de l’agro-industrie pourraient bénéficier directement de cette nouvelle donne commerciale.
En maintenant un niveau de taxation relativement modéré sur les exportations marocaines, les États-Unis offrent indirectement au Royaume une fenêtre d’opportunité pour capter de nouveaux investissements étrangers et renforcer son intégration dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. Une dynamique qui s’inscrit dans la stratégie marocaine de montée en gamme industrielle et de diversification de ses partenaires économiques.
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🔎 Entre opportunité économique et équilibres géopolitiques
Si ce traitement préférentiel constitue une opportunité indéniable pour le Maroc, il s’inscrit aussi dans un jeu d’équilibres géopolitiques plus large. La politique commerciale américaine, en reconfigurant les flux d’échanges mondiaux, redessine les rapports de force entre régions et partenaires. Dans ce paysage en mutation, le Royaume semble avoir réussi à préserver sa position, tout en se préparant à jouer un rôle plus central dans les échanges transatlantiques.
Reste désormais à savoir dans quelle mesure cette conjoncture favorable pourra être transformée en avantages durables, tant pour les exportateurs marocains que pour l’économie nationale dans son ensemble, à l’heure où le commerce mondial entre dans une phase de recomposition profonde.
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