Maroc : la grève de la faim des sénégalais est un jeûne intermittent
Incidents de la finale de la CAN 2025 : le feuilleton judiciaire des supporters sénégalais en prison au Maroc
La controverse judiciaire entourant les 18 supporters sénégalais interpellés à la suite des violences ayant éclaté lors de la finale de la CAN 2025 à Rabat a pris, ces derniers jours, une tournure aussi confuse que médiatique. Entre déclarations contradictoires, rectifications successives et stratégies de communication, l’affaire dépasse désormais le strict cadre judiciaire pour s’installer dans l’arène de l’opinion publique internationale.
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📰 Un dossier explosif né dans le sillage de la finale de la CAN 2025
Les faits remontent à la soirée de la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, disputée dans la capitale marocaine. Des incidents graves avaient alors éclaté aux abords et à l’intérieur du stade, marqués par des tentatives d’envahissement de la pelouse, des jets de projectiles et des affrontements ayant entraîné des blessures parmi les forces de l’ordre et les agents de sécurité. Dix-huit supporters sénégalais avaient été interpellés dans ce contexte, puis poursuivis pour des faits qualifiés de hooliganisme, de violences et d’atteinte à l’ordre public.
Depuis, leur situation judiciaire est devenue l’objet d’un feuilleton aux multiples rebondissements, alimenté par des prises de parole parfois discordantes entre la défense et les autorités judiciaires marocaines.
⚖️ L’annonce d’une grève de la faim et la montée de la pression médiatique
Début février, Me Patrick Kabou, avocat des supporters poursuivis, déclarait à l’Agence France-Presse que ses clients avaient entamé une grève de la faim. Selon lui, ce mouvement visait à dénoncer une atteinte à leur droit à un procès équitable, pointant notamment l’absence d’interprète lors de certains interrogatoires et des conditions de détention jugées problématiques. Cette annonce a immédiatement suscité une vague de réactions, tant au Sénégal que dans certains cercles médiatiques internationaux, ravivant les débats sur la gestion judiciaire des incidents liés aux compétitions sportives majeures.
La stratégie semblait claire : internationaliser le dossier et placer la justice marocaine sous le regard critique de l’opinion publique, en invoquant les standards internationaux en matière de droits humains et de procédures judiciaires.
🏛️ Le démenti ferme du parquet de Rabat
La réponse des autorités judiciaires marocaines ne s’est pas fait attendre. Dès le lendemain, le procureur du Roi près le tribunal de première instance de Rabat a publié une mise au point sans ambiguïté. Le parquet a catégoriquement démenti l’existence d’une grève de la faim, affirmant que les détenus recevaient une alimentation normale et régulière. Il a également assuré que les interrogatoires s’étaient déroulés en présence d’un interprète, conformément aux exigences procédurales, rejetant ainsi l’ensemble des accusations formulées par la défense.
Ce démenti officiel a fragilisé le récit initial porté par l’avocat, introduisant un doute sur la véracité des informations relayées et mettant en lumière une fracture narrative entre les deux parties.
🔄 Rectification de la défense et glissement sémantique
Confronté à la communication du parquet, Me Patrick Kabou a été contraint d’ajuster sa position. Dans une nouvelle déclaration, il a précisé que ses clients n’observaient pas une grève de la faim au sens strict, mais un jeûne intermittent. Selon cette version corrigée, les supporters prendraient uniquement le petit-déjeuner, consacrant le reste de la journée à la prière et au recueillement.
Ce revirement sémantique n’a pas manqué de susciter des réactions ironiques, certains observateurs y voyant une tentative de sauver une stratégie de pression médiatique mise à mal par la réponse judiciaire marocaine. Ce qui était présenté comme un acte de protestation radical s’est ainsi mué en une pratique décrite comme spirituelle, voire assimilable à une démarche de bien-être, brouillant encore davantage le message initial.
📉 Une stratégie de défense affaiblie face à la communication judiciaire
Ce changement de version a clairement réduit l’impact de la ligne de défense adoptée au départ. L’épisode illustre les limites d’une communication fondée sur l’escalade médiatique lorsque celle-ci se heurte à des démentis institutionnels précis et documentés. Pour plusieurs analystes, cette séquence affaiblit la crédibilité de la défense et recentre le débat sur les faits reprochés plutôt que sur les conditions de détention ou la procédure.
Au-delà du cas individuel des supporters concernés, l’affaire pose une nouvelle fois la question de la judiciarisation des violences sportives et de la gestion des débordements lors des grandes compétitions internationales, notamment en Afrique, où la CAN s’impose de plus en plus comme un événement à forte portée politique et médiatique et ceci encore plus depuis qu’elle a eu lieu au Maroc avec plus de 6 milliards de vues sur les plateformes digitales.
🔍 Entre justice, communication et diplomatie sportive
La saga judiciaire des supporters sénégalais arrêtés à Rabat met en lumière un enchevêtrement complexe entre justice pénale, stratégies de communication et diplomatie sportive. Si le dossier suit désormais son cours devant les juridictions compétentes, il rappelle combien les événements sportifs majeurs peuvent rapidement devenir des terrains de confrontation symbolique, où chaque mot, chaque déclaration et chaque rectification prennent une dimension politique.
À mesure que la procédure avance, l’issue judiciaire dira si cette affaire restera un simple épisode post-CAN ou si elle continuera d’alimenter les débats sur la gouvernance du sport, la responsabilité des supporters et la gestion sécuritaire des grandes compétitions sur le continent africain.
