lundi, février 16, 2026
International

Après le Maroc, l’Algérie ferme son espace aérien aux Émirats

Alger rompt l’accord aérien avec Abou Dhabi, ferme son espace aérien et accentue une crise diplomatique aux lourdes conséquences régionales

Rupture aérienne : Alger durcit le ton face à Abou Dhabi

Les relations déjà fragiles entre l’Algérie et les Émirats arabes unis connaissent une nouvelle dégradation spectaculaire. En décidant de mettre fin à un accord aérien en vigueur depuis plus d’une décennie, Alger franchit un seuil supplémentaire dans une crise diplomatique qui mêle rivalités politiques, accusations sécuritaires et enjeux régionaux. Cette décision aux conséquences concrètes pour les populations et le trafic aérien révèle surtout un climat de défiance durable entre les deux capitales.

✈️ Fin brutale d’un accord stratégique vieux de dix ans

Samedi 7 février, les autorités algériennes ont officiellement annoncé la résiliation de l’accord aérien liant l’Algérie et les Émirats arabes unis, signé le 13 mai 2013 et appliqué depuis 2014. Selon l’Agence de presse officielle APS, cette décision a été formellement notifiée à Abou Dhabi ainsi qu’au secrétaire général de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), dont le siège est basé à Montréal. Par ce geste, Alger met un terme à un cadre juridique qui régissait depuis des années les liaisons aériennes entre les deux pays.

La conséquence immédiate de cette rupture est la fermeture de l’espace aérien algérien aux compagnies aériennes émiraties, une mesure lourde de sens dans un contexte régional déjà marqué par de multiples restrictions de survol. Cette décision s’inscrit dans une logique de durcissement assumé de la politique étrangère algérienne, qui n’hésite plus à utiliser l’arme aérienne comme levier diplomatique.

🌍 Des répercussions directes pour la diaspora algérienne

Au-delà de sa portée politique, cette décision aura un impact concret sur les milliers d’Algériens résidant aux Émirats arabes unis ou y transitant régulièrement. Désormais privés de vols directs opérés par des compagnies émiraties, ces voyageurs devront passer par des hubs alternatifs, notamment le Qatar ou Bahreïn, pour rejoindre l’Algérie. Cette situation entraînera un allongement des temps de trajet, une hausse des coûts et une complexification des déplacements, tant pour les familles que pour les professionnels.

Cette dimension humaine souligne le coût réel des tensions diplomatiques, souvent sous-estimé, et place la communauté algérienne du Golfe au cœur d’un bras de fer qui la dépasse largement.

🗞️ Une escalade précédée d’une offensive médiatique

La rupture de l’accord aérien ne s’est pas produite dans un vide politique. Elle intervient après une campagne médiatique virulente contre les Émirats arabes unis dans certains médias algériens réputés proches des cercles sécuritaires. En début d’année, le quotidien El Khabar a accusé Abou Dhabi de « soutenir des éléments hostiles à l’unité nationale algérienne » et d’« intervenir auprès de la France pour faciliter leur installation sur son territoire », des faits présentés comme une atteinte directe à la souveraineté de l’État algérien.

Le journal est allé plus loin en évoquant l’existence « d’informations officielles » faisant état d’enquêtes menées en France sur le financement du mouvement terroriste MAK, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie. Ces accusations lourdes ont été formulées dans un contexte particulièrement sensible, deux semaines seulement après la proclamation symbolique de l’« État kabyle » à Paris, le 14 décembre 2025, par des responsables du mouvement.

🔎 Le MAK au cœur des nouvelles accusations algériennes

Jusqu’à présent, le régime algérien pointait principalement du doigt le Maroc et Israël, accusés de soutenir politiquement et financièrement le MAK. Cette lecture avait servi de fondement à la rupture des relations diplomatiques entre Alger et Rabat en août 2021, annoncée par l’ancien ministre des Affaires étrangères Ramtane Lamamra.

L’intégration des Émirats arabes unis dans cette grille d’accusations marque une évolution notable du discours officiel algérien. Elle suggère un élargissement du cercle des États perçus comme hostiles et révèle une perception sécuritaire de plus en plus globale, dans laquelle les rivalités régionales, les alliances géopolitiques et les dynamiques diasporiques se croisent.

🧭 Les avertissements sans équivoque d’Abdelmadjid Tebboune

Cette montée des tensions avait été publiquement annoncée par le président Abdelmadjid Tebboune lui-même. En avril 2024, le chef de l’État algérien avait adressé des avertissements directs et inhabituels aux Émirats arabes unis, lors d’une déclaration au ton particulièrement ferme. « Si tu cherches à avoir avec nous les comportements que tu as avec les autres, tu te trompes », avait-il lancé, avant de rappeler le lourd héritage historique de l’Algérie et le sacrifice de « 5,63 millions de martyrs ».

Dans la même intervention, Tebboune avait accusé Abou Dhabi d’être présent financièrement « partout où il y a des conflits », citant explicitement le Mali, la Libye et le Soudan. Ces propos avaient déjà été interprétés comme un signal de rupture imminente, confirmant une détérioration profonde de la relation bilatérale.

✈️ Une stratégie aérienne déjà éprouvée par Alger

La fermeture de l’espace aérien aux compagnies émiraties s’inscrit dans une doctrine déjà appliquée par Alger. En septembre 2021, l’Algérie avait pris une décision similaire en interdisant le survol de son territoire aux avions civils et militaires marocains, dans le sillage de la rupture diplomatique avec Rabat. Cette politique du ciel fermé est devenue un instrument central de la diplomatie algérienne, utilisé pour traduire des lignes rouges politiques en mesures concrètes et visibles.

🌐 Une crise révélatrice des recompositions régionales

Cette nouvelle crise entre Alger et Abou Dhabi dépasse le cadre bilatéral. Elle illustre les recompositions géopolitiques en cours dans le monde arabe, où les alliances se font et se défont au gré des intérêts sécuritaires, idéologiques et économiques. Pour l’Algérie, il s’agit de réaffirmer une souveraineté perçue comme menacée et de dénoncer toute ingérence extérieure. Pour les Émirats, la rupture aérienne constitue un signal fort, mais non inédit, dans un environnement régional de plus en plus fragmenté.

Reste à savoir si cette escalade débouchera sur un dialogue de désescalade ou si elle marquera l’installation durable d’un contentieux diplomatique entre l’Algérie et les Émirats arabes unis, aux conséquences encore difficiles à mesurer pour la stabilité régionale et les équilibres politiques du Maghreb et du Moyen-Orient.