lundi, février 16, 2026
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Sahara : l’Algérie contrainte à s’assoir à la table des « négociations »

Sahara marocain : l’Algérie courbe finalement l’échine et rejoint la table des négociations avec le Maroc au siège de l’ambassade des États-Unis à Madrid

Longtemps campée sur un refus catégorique de toute implication directe, l’Algérie s’apprête à franchir un cap diplomatique majeur en participant, ce dimanche à Madrid, à des négociations multilatérales sur le dossier du Sahara dit occidental. Cette évolution marque un tournant stratégique lourd de sens, révélateur des limites d’une diplomatie algérienne fondée davantage sur la posture que sur l’efficacité, et désormais rattrapée par la pression internationale, en particulier celle des États-Unis et du Conseil de sécurité de l’ONU.

🌍 Madrid, théâtre d’un basculement diplomatique attendu

La capitale espagnole accueille une réunion à forte portée symbolique et politique, réunissant l’ensemble des acteurs clés du conflit du Sahara occidental. Autour de la table se retrouvent le Maroc, l’Algérie, la Mauritanie et le groupe séparatiste armé Polisario, sous l’égide conjointe des Nations unies et de la diplomatie américaine. Le choix de Madrid ne doit rien au hasard. Il répond à des considérations pratiques, mais aussi à une volonté de discrétion absolue, les discussions se tenant au siège de l’ambassade des États-Unis, loin des projecteurs médiatiques.

Chaque délégation est conduite par son chef de la diplomatie, illustrant le caractère hautement politique de cette rencontre. Le Maroc est représenté par Nasser Bourita, l’Algérie par Ahmed Attaf, la Mauritanie par Mohamed Salem Ould Merzoug, tandis que le Front Polisario est présent à travers son responsable des affaires étrangères. L’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara occidental, Staffan de Mistura, participe également aux échanges, confirmant le retour d’un format multilatéral formel longtemps bloqué.

🇺🇸 Le rôle central de Washington dans la relance du processus

La tenue de ces discussions est indissociable de l’implication directe de Washington. La présence de représentants du président américain Donald Trump, notamment Massad Boulos, envoyé spécial pour l’Afrique, et Michael Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, consacre le rôle moteur joué par les États-Unis dans ce dossier stratégique. Après un premier cycle de contacts confidentiels organisé à Washington deux semaines plus tôt, Madrid apparaît comme une étape intermédiaire visant à maintenir la dynamique sans imposer de nouveaux déplacements transatlantiques aux délégations maghrébines.

Cette séquence diplomatique s’inscrit dans le prolongement direct de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, adoptée en octobre 2025. Ce texte réaffirme la nécessité d’une solution politique « réaliste, pragmatique, durable et mutuellement acceptable » et consacre clairement la centralité du plan marocain d’autonomie comme base unique et crédible de règlement du conflit. La résolution appelle explicitement toutes les parties, y compris l’Algérie, à s’engager de manière active et constructive dans le processus politique.

📜 La résolution 2797 et la consolidation du plan marocain d’autonomie

Depuis l’adoption de cette résolution, le Maroc a poursuivi ses efforts diplomatiques en étoffant et en détaillant son initiative d’autonomie, renforçant sa crédibilité auprès de nombreux partenaires internationaux. Présentée comme une solution respectant la souveraineté marocaine tout en offrant des garanties politiques et institutionnelles aux populations locales, cette proposition s’impose désormais comme le cadre de référence incontournable des discussions onusiennes.

Pour Alger, cette évolution a profondément modifié les rapports de force. En dépit d’un discours officiel martelé pendant des années, présentant l’Algérie comme un simple « pays observateur », la pression internationale a progressivement réduit l’espace de manœuvre du régime algérien. La participation aux négociations de Madrid constitue ainsi un revirement stratégique majeur, voire une reculade diplomatique difficilement dissimulable.

🔄 Une volte-face algérienne sous contrainte internationale

Pendant plusieurs années, les autorités algériennes avaient adopté une ligne de refus absolu, rejetant toute reprise du format de discussions multilatérales initié à Genève en 2018 et 2019. À chaque convocation onusienne, Alger dénonçait un format jugé inadapté, tout en affirmant ne pas être partie prenante au conflit. Cette posture visait à préserver l’image d’un acteur extérieur, défenseur du seul principe d’autodétermination.

L’acceptation de siéger à Madrid marque une rupture nette avec cette stratégie. Elle intervient à l’issue d’une séquence diplomatique particulièrement révélatrice. Entre le 19 et le 23 janvier 2026, une délégation du Front Polisario s’est rendue discrètement à Washington à bord d’un avion mis à disposition par la présidence algérienne, illustrant une nouvelle fois le rôle structurant d’Alger dans la stratégie du mouvement séparatiste. Les interlocuteurs américains ont alors réaffirmé, sans ambiguïté, que le plan d’autonomie marocain constituait désormais le seul cadre réaliste de règlement.

Quelques jours plus tard, la visite de Massad Boulos à Alger a achevé de clarifier la position américaine. Reçu par le président Abdelmadjid Tebboune et plusieurs hauts responsables, l’émissaire américain a abordé officiellement plusieurs dossiers régionaux, dont la Libye, le Sahel et le Sahara dit occidental. En coulisses, cette visite s’est apparentée à une mise au point stratégique ferme, assimilable à une injonction à rejoindre le processus politique sur la base des paramètres définis par l’ONU.

⚖️ Un rapport de force diplomatique défavorable à Alger

La participation algérienne aux discussions madrilènes apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un rapport de force diplomatique clairement défavorable. En se conformant de facto aux exigences de la résolution 2797 et aux attentes de Washington, Alger reconnaît implicitement l’impasse de sa stratégie de blocage. Cette évolution ouvre la voie à une relance du processus politique, enlisé depuis plus de trente ans, mais elle met aussi en lumière les contradictions d’une diplomatie oscillant entre implication réelle et déni officiel.

Au-delà du conflit artificiel autour du Sahara dit occidental, cette séquence illustre une constante souvent observée dans la pratique diplomatique algérienne : l’adoption de positions maximalistes suivies, sous contrainte, de concessions majeures. En affichant pendant des années une fermeté de principe, le régime algérien s’est finalement trouvé contraint de composer avec la réalité des rapports de force internationaux.

🔮 Un processus relancé, mais encore fragile

La réunion de Madrid ne préjuge pas de l’issue finale des négociations, mais elle marque indéniablement un tournant. En revenant à la table des discussions, l’Algérie acte un changement de posture qui pourrait, s’il est suivi d’engagements concrets, contribuer à une désescalade durable et à l’émergence d’une solution politique viable. Reste à savoir si ce retour au pragmatisme s’inscrira dans la durée ou s’il ne constituera qu’un ajustement tactique face à une pression internationale devenue impossible à ignorer.