Affaire Epstein : Jack Lang « sonné et épuisé » à Marrakech
Jack Lang, actuellement au Maroc, est convoqué par le gouvernement français et visé par une enquête du PNF pour ses liens avec Jeffrey Epstein
Sous le feu d’une tempête politico-médiatique d’une rare intensité, Jack Lang, figure historique de la vie culturelle et politique française, voit son avenir à la tête de l’Institut du monde arabe (IMA) sérieusement fragilisé. Mis en cause, aux côtés de sa fille Caroline Lang, dans une enquête du Parquet national financier (PNF) portant sur de supposés liens financiers avec Jeffrey Epstein, l’ancien ministre est désormais convoqué par les autorités françaises. Une affaire sensible, mêlant gouvernance culturelle, financement public, réputation internationale et exigences de transparence, qui place l’IMA au cœur d’un débat explosif.
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🏛️ Une convocation officielle qui fragilise la présidence de l’Institut du monde arabe
Pressé de quitter la présidence du prestigieux Institut du monde arabe à Paris, Jack Lang a été convoqué dimanche par le ministère français des Affaires étrangères, principal financeur de l’établissement. L’annonce a été confirmée par le ministre Jean-Noël Barrot, qui a précisé que l’ancien ministre serait « reçu dimanche » afin de s’expliquer sur les révélations récemment mises au jour. Cette convocation intervient dans un contexte de forte pression politique et médiatique, alors que les autorités n’excluent désormais aucune option concernant la poursuite de son mandat.
Depuis Erbil, au Kurdistan irakien, où il se trouvait en déplacement officiel, Jean-Noël Barrot a insisté sur la nécessité de préserver « le bon fonctionnement, la continuité et l’intégrité de l’Institut du monde arabe », soulignant que les éléments révélés sont « inédits » et d’« une extrême gravité ». Le ministre a rappelé que la subvention annuelle de l’État français, d’un montant de 12,3 millions d’euros, représente à elle seule la moitié du budget de l’IMA, renforçant ainsi l’exigence de clarté et de responsabilité.
⚖️ Une enquête du Parquet national financier aux implications lourdes
Vendredi soir, le Parquet national financier, chargé notamment de la lutte contre la fraude fiscale et le blanchiment, a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée. Cette procédure vise « les faits révélés par Mediapart » concernant Jack Lang et sa fille Caroline, et leurs liens financiers supposés avec Jeffrey Epstein, financier américain condamné pour crimes sexuels et mort en détention en 2019.
Si aucune charge pénale directe ne pèse à ce stade contre Jack Lang, la présence de son nom à 673 reprises dans les documents judiciaires américains publiés le 30 janvier par la justice des États-Unis a provoqué un choc considérable. Ces révélations, issues de millions de pages rendues publiques, ont relancé les interrogations sur la nature exacte de ses relations avec Epstein et sur d’éventuels conflits d’intérêts.
📰 Des révélations américaines qui ravivent la controverse
La publication massive de documents judiciaires américains a mis en lumière plusieurs échanges privés entre Jack Lang et Jeffrey Epstein, révélant une relation présentée comme cordiale et régulière. Parmi ces éléments figure un message daté de 2017, dans lequel l’homme d’affaires Étienne Binant, mécène de l’IMA, écrit à Epstein que Jack Lang « a personnellement insisté pour que tu viennes à son anniversaire », précisant qu’il s’agissait d’un événement réservé à un « cercle intime ».
D’autres correspondances attribuées à Jack Lang lui-même évoquent la « générosité infinie » du financier américain et sollicitent son aide logistique, notamment pour un déplacement vers une réception organisée par l’Aga Khan hors de Paris. Ces documents, largement relayés par la presse internationale, ont nourri les accusations d’intenses liens d’amitié, une interprétation vigoureusement contestée par l’entourage de l’ancien ministre.
🗣️ Jack Lang se défend et refuse de démissionner
Âgé de 86 ans, Jack Lang a jusqu’à présent exclu toute démission de la présidence de l’IMA. Contacté par l’agence de presse française AFP, il n’a pas réagi immédiatement, ses proches indiquant qu’il se trouvait à Marrakech, « sonné et épuisé » par l’ampleur de la polémique. Mercredi encore, il affirmait avoir fait preuve de « naïveté », assurant qu’il ignorait totalement le passé criminel de Jeffrey Epstein au moment de leur rencontre, survenue selon lui « il y a une quinzaine d’années » par l’intermédiaire du réalisateur Woody Allen.
Après avoir déclaré « assumer pleinement » ses liens passés avec Epstein, Jack Lang a tenu à rappeler qu’il ne s’agissait en aucun cas d’un proche, mais d’une relation distante et occasionnelle. Son avocat, Laurent Merlet, a jugé « normal » que la tutelle ministérielle demande des explications formelles, estimant qu’il serait inapproprié de se fonder uniquement sur des informations circulant « sur les réseaux sociaux et dans les médias ».
🎬 Caroline Lang, dommages collatéraux et démission symbolique
La controverse a également frappé Caroline Lang, fille de l’ancien ministre, mentionnée dans les documents américains pour avoir fondé en 2016 une société offshore avec Jeffrey Epstein. Bien qu’elle conteste toute implication répréhensible, ces révélations l’ont conduite à démissionner lundi de la présidence d’un syndicat de producteurs de cinéma, afin de préserver l’institution.
Interrogée sur BFMTV, elle a affirmé qu’Epstein était « un ami, pas un intime », et qu’il ne faisait « absolument pas partie de son cercle proche ». Elle a exprimé son incompréhension face aux crimes révélés, assurant qu’elle n’en avait « jamais eu connaissance », pas plus que son père.
🏛️ L’IMA, une institution stratégique sous tension
Créé en 1980, l’Institut du monde arabe est une fondation de droit privé emblématique du dialogue culturel entre la France et le monde arabe. Jack Lang en assure la présidence depuis 2013, ayant été reconduit à quatre reprises. S’il a été proposé par les autorités françaises, sa désignation relève formellement du conseil d’administration, composé à parité d’ambassadeurs de pays arabes et de personnalités nommées par le ministère des Affaires étrangères.
Aujourd’hui, cette gouvernance est scrutée avec une attention accrue, alors que la réputation internationale de l’IMA et la légitimité de sa direction sont mises à l’épreuve par une affaire aux ramifications judiciaires et diplomatiques complexes.
🔍 Une affaire aux répercussions politiques et culturelles durables
Au-delà du cas personnel de Jack Lang, cette séquence interroge la gestion des institutions culturelles financées par des fonds publics, la responsabilité de leurs dirigeants et la manière dont les révélations judiciaires internationales peuvent bouleverser des équilibres établis de longue date. Alors que le gouvernement français se réserve « toutes les options » concernant l’avenir de la présidence de l’IMA, les prochains jours s’annoncent décisifs pour une institution emblématique et pour une figure majeure de la vie culturelle française, désormais confrontée à l’épreuve la plus délicate de sa carrière.
