jeudi, février 5, 2026
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Pays-Bas : il aurait livré de très nombreux secrets d’État au Maroc

Face à ce que la justice néerlandaise qualifie déjà d’affaire sans précédent, un procès aux ramifications sécuritaires et diplomatiques majeures secoue les Pays-Bas. Le ministère public a requis une peine exceptionnelle contre un ancien analyste de haut rang de l’antiterrorisme, accusé d’avoir trahi la confiance de l’État en transmettant des secrets classifiés à une puissance étrangère. Au cœur de ce dossier sensible, un homme d’origine marocaine, soupçonné d’avoir agi pendant des années comme agent double, au détriment de la sécurité nationale néerlandaise.

🕵️‍♂️ Un ancien pilier de l’antiterrorisme au banc des accusés

L’homme aujourd’hui jugé est âgé de 66 ans et originaire de Rotterdam. Jusqu’à son interpellation, il occupait une fonction stratégique au sein du Coordonnateur national de la lutte contre le terrorisme et de la sécurité (NCTV), un organe central dans l’architecture sécuritaire des Pays-Bas. Analyste reconnu et considéré comme fiable, il avait accès à des informations parmi les plus sensibles relatives à la prévention du terrorisme, aux menaces internes et externes, ainsi qu’aux évaluations stratégiques de sécurité nationale.

Selon le ministère public néerlandais, cet ancien fonctionnaire aurait abusé de cette position privilégiée pour orchestrer ce qui est désormais présenté comme la plus vaste fuite de renseignements de l’histoire des Pays-Bas, une qualification lourde de sens dans un pays réputé pour la rigueur de ses dispositifs de protection des informations classifiées.

⚖️ Douze ans de prison requis pour espionnage et trahison

Lors de l’audience, le parquet a requis une peine de douze ans d’emprisonnement, une sanction rare dans ce type de dossier, justifiée par la gravité des faits reprochés. Le ministère public accuse l’ancien analyste d’avoir transmis, sur une période prolongée, une quantité massive de secrets d’État aux services de renseignement marocains, agissant ainsi comme un agent double au profit du Maroc.

Les procureurs ont insisté sur la dimension systémique de ces agissements, évoquant un mode opératoire structuré et durable. L’accusé aurait mis en place un véritable système d’exfiltration d’informations confidentielles, exploitant son accès aux bases de données sécurisées et aux rapports classifiés produits par les services de sécurité néerlandais.

📂 Des documents classifiés au cœur de l’affaire

Si le contenu précis des documents transmis n’a pas été dévoilé publiquement, en raison de leur caractère sensible, le parquet a confirmé qu’ils étaient d’un niveau de classification extrêmement élevé. Les services de renseignement néerlandais, notamment l’AIVD, estiment que ces fuites ont permis à une puissance étrangère d’obtenir une vision détaillée de l’état des connaissances sécuritaires des Pays-Bas, incluant des analyses de menaces, des évaluations de risques et des stratégies de prévention.

Dans son réquisitoire, le procureur national spécialisé a souligné que ces révélations ont causé un préjudice grave aux intérêts vitaux de l’État, compromettant potentiellement la sécurité des institutions, des agents et des partenaires internationaux des Pays-Bas.

💰 Un échange de secrets contre avantages et paiements

L’accusation décrit un schéma d’échanges particulièrement préoccupant. Selon le ministère public, la transmission d’informations classifiées n’était pas gratuite. Elle aurait été rétribuée par des paiements financiers, mais aussi par diverses faveurs et services accordés par les services marocains. Ce système de contreparties renforcerait, selon les procureurs, la qualification d’espionnage aggravé et démontrerait le caractère intentionnel et prolongé de la trahison.

Ce point est central dans l’argumentation du parquet, qui estime que l’accusé n’a pas agi sous la contrainte, mais dans une logique d’intérêt personnel, en violation totale de ses obligations professionnelles et éthiques.

🏛️ Une trahison d’autant plus grave qu’elle vient de l’intérieur

La sévérité de la peine requise s’explique également par le profil même de l’accusé. Jusqu’à l’éclatement de l’affaire, il était considéré comme un fonctionnaire exemplaire, bénéficiant d’un haut niveau de confiance au sein des institutions de sécurité. Pour le ministère public, cette position rend les faits d’autant plus graves, car ils traduisent une faille interne majeure dans un système fondé sur la loyauté et la confidentialité.

Les procureurs ont insisté sur la durée présumée des agissements, estimant que la trahison s’est inscrite dans le temps, augmentant mécaniquement l’ampleur des dommages causés à la sécurité nationale néerlandaise.

🌍 Un dossier aux répercussions diplomatiques et sécuritaires

Au-delà du sort judiciaire de l’accusé, cette affaire soulève des questions plus larges sur les enjeux d’espionnage international, la protection des secrets d’État et la vulnérabilité des institutions face aux infiltrations. Elle intervient dans un contexte européen marqué par une vigilance accrue face aux ingérences étrangères et aux menaces hybrides.

Sans viser officiellement un État dans ses communications publiques, la justice néerlandaise souligne néanmoins la gravité d’une situation où un pays tiers aurait eu accès à des informations stratégiques d’un État membre de l’Union européenne.

🔍 Un procès suivi de près, une décision très attendue

Le procès se poursuit ce vendredi avec la plaidoirie de la défense, qui devrait tenter de contester la qualification des faits ou d’en atténuer la portée. Les observateurs judiciaires et sécuritaires suivent cette affaire avec attention, conscients qu’elle pourrait faire jurisprudence en matière de fuite de secrets d’État et d’espionnage aux Pays-Bas.

Quelle que soit l’issue, ce dossier marque un tournant dans la perception des risques internes au sein des appareils de sécurité et rappelle que, même dans les systèmes les plus protégés, la menace peut parfois venir de l’intérieur.