jeudi, février 5, 2026
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La tournée au Maroc de l’algérien Abdelkader Secteur annulée

La tournée marocaine de l’humoriste algérien Abdelkader Secteur, très attendue par une partie du public, n’aura finalement pas lieu. Initialement programmée pour débuter ce vendredi, elle a été intégralement annulée à la suite d’une campagne de boycott massive sur les réseaux sociaux, dans un contexte marqué par des tensions diplomatiques persistantes entre le Maroc et l’Algérie. Cette décision illustre une nouvelle fois la manière dont les relations politiques régionales influencent désormais le champ culturel et artistique.

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🎭 Une tournée marocaine stoppée net avant même son lancement

Les rideaux resteront définitivement baissés pour le spectacle « Marhaba », que l’humoriste algérien devait présenter dans plusieurs grandes villes du Royaume. Face à une mobilisation numérique grandissante appelant à ne pas accueillir d’artistes algériens dans le climat politique actuel, les organisateurs ont opté pour une annulation totale de la tournée au Maroc, mettant un terme à plusieurs semaines de préparation.

La déprogrammation concerne l’ensemble des dates annoncées, à commencer par la représentation prévue le 6 février à Casablanca, suivie de celles programmées au Théâtre Mohammed V de Rabat, au Théâtre Mohammed VI d’Oujda et au Complexe culturel de Tanger. Sur les plateformes de billetterie en ligne, la mention « Annulé » apparaît désormais clairement, tandis que les supports promotionnels ont été retirés des réseaux sociaux et des circuits de communication habituels.

📱 Une pression croissante venue des réseaux sociaux

À l’origine de cette décision, une campagne de boycott numérique menée par des militants et internautes marocains, qui ont massivement exprimé leur opposition à la tenue de cette tournée. Sur Facebook, X et Instagram, de nombreux messages dénonçaient ce qu’ils considèrent comme une « normalisation culturelle injustifiée », alors même que les relations entre Rabat et Alger restent marquées par une forte crispation diplomatique.

Pour les partisans du boycott, accueillir un artiste algérien dans le contexte actuel reviendrait à banaliser des positions politiques jugées hostiles à l’égard du Maroc. Les mots-clés liés au boycott des artistes algériens au Maroc, à la culture et diplomatie maghrébine ou encore aux tensions Maroc Algérie ont rapidement gagné en visibilité, accentuant la pression sur les organisateurs et les salles concernées.

⚖️ Culture et politique : un débat ravivé

Si le spectacle « Marhaba » était présenté comme une satire sociale à vocation apolitique, la polémique a relancé un débat ancien mais toujours sensible : celui de la frontière entre la sphère artistique et les différends entre États. Pour les défenseurs de la liberté culturelle, l’art devrait rester un espace d’expression indépendant des conflits diplomatiques, favorisant le dialogue entre les peuples malgré les tensions officielles.

À l’inverse, les promoteurs du boycott estiment que la défense de la souveraineté nationale et des intérêts stratégiques du pays doit primer sur l’offre culturelle. Selon eux, le contexte régional ne permet pas de dissocier totalement les productions artistiques des réalités politiques, en particulier lorsque les relations bilatérales sont gelées et que les discours officiels demeurent antagonistes.

🎟️ Une décision lourde de conséquences pour les acteurs culturels

L’annulation de la tournée d’Abdelkader Secteur ne se limite pas à un simple changement de programmation. Elle entraîne également des répercussions économiques et organisationnelles pour les producteurs, les salles de spectacle et les prestataires impliqués. Elle illustre surtout la fragilité des échanges culturels dans un environnement régional tendu, où la programmation artistique peut devenir un terrain d’affrontement symbolique.

Pour certains observateurs, cette affaire pourrait créer un précédent et inciter à une plus grande prudence dans la programmation d’artistes issus de pays avec lesquels le Maroc entretient des relations diplomatiques complexes. D’autres y voient le signe d’une politisation croissante de la culture, sous l’effet conjugué des réseaux sociaux et des mobilisations citoyennes.

🌍 Une question ouverte sur l’avenir des échanges culturels maghrébins

Au-delà du cas d’Abdelkader Secteur, cette annulation pose une question plus large sur l’avenir des échanges culturels au Maghreb. Dans une région historiquement unie par la langue, l’histoire et les pratiques artistiques, la persistance des tensions politiques semble désormais peser lourdement sur les initiatives culturelles transfrontalières.

Alors que les débats se poursuivent en ligne et dans l’espace public, cette affaire souligne la difficulté de maintenir des ponts culturels dans un climat de méfiance et de rivalités diplomatiques. Reste à savoir si, à l’avenir, l’art pourra à nouveau jouer un rôle de passerelle entre les sociétés, ou s’il continuera à être perçu comme un prolongement symbolique des rapports de force politiques.