dimanche, février 1, 2026
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Les autoroutes de l’eau du Maroc

Les autoroutes de l’eau au Maroc : une stratégie nationale pour réduire le stress hydrique et sécuriser eau potable et agriculture

Le Maroc accélère la transformation de sa politique hydrique face à l’intensification du stress hydrique et à la répétition des épisodes de sécheresse. Dans un contexte marqué par de fortes disparités climatiques entre les bassins, le Royaume fait des autoroutes de l’eau un levier stratégique pour sécuriser l’approvisionnement en eau potable, préserver l’activité agricole et protéger les équilibres économiques régionaux. Ces infrastructures structurantes traduisent une nouvelle vision de solidarité territoriale et d’optimisation nationale des ressources hydriques.

🌍 Un déséquilibre hydrique structurel entre les régions

La géographie hydrique du Maroc reste profondément marquée par des écarts de précipitations persistants. Les bassins du Nord et du Nord-Ouest, notamment ceux du Sebou, du Loukkos et du Laou, concentrent l’essentiel des apports pluviométriques du pays. À l’inverse, les bassins du Centre et du Sud, tels que le Bouregreg, l’Oum Er-Rbia ou encore les zones autour de Marrakech, subissent des déficits structurels accentués par la pression démographique, l’urbanisation rapide et l’intensification des usages agricoles. Cette asymétrie expose durablement certaines régions à un stress hydrique chronique, avec des conséquences économiques et sociales de plus en plus sensibles.

💧 Les autoroutes de l’eau, piliers d’une solidarité hydrique nationale

Pour corriger ces déséquilibres, le Maroc a fait le choix stratégique des interconnexions hydrauliques interbassins, communément appelées autoroutes de l’eau. Ces infrastructures permettent de transférer les excédents hydriques des bassins excédentaires vers les zones déficitaires, à l’échelle nationale. Pensées comme de véritables outils de solidarité hydrique territoriale, elles visent à garantir la continuité de l’approvisionnement en eau potable, à sécuriser les périmètres agricoles stratégiques et à réduire la vulnérabilité économique des territoires les plus exposés aux pénuries.

⚙️ De la gestion de l’offre à la maîtrise durable de la demande

L’essor des interconnexions s’inscrit dans une évolution plus large du modèle de gestion de l’eau au Maroc. Longtemps fondée sur une logique de gestion de l’offre, reposant principalement sur la construction de barrages, la politique hydrique nationale a atteint certaines limites face au changement climatique. Désormais, les grands transferts d’eau doivent être complétés par une gestion rationnelle et durable de la demande, intégrant l’efficacité des usages, la préservation des nappes phréatiques et l’adaptation des pratiques agricoles.




🏗️ Un programme national de transferts d’eau en pleine montée en puissance

Depuis plus d’une décennie, le Royaume a engagé un vaste programme de transfert d’eau entre bassins. À fin 2025, pas moins de 17 infrastructures de transfert hydrique étaient déjà opérationnelles, permettant d’acheminer l’eau depuis les régions excédentaires vers celles confrontées à des déficits structurels. Ce dispositif s’inscrit dans la continuité de la Stratégie nationale de l’eau, présentée en 2009 devant le roi Mohammed VI à Fès, qui avait posé les bases d’une approche intégrée et solidaire de la gestion des ressources hydriques.

🔗 Le projet structurant Sebou–Bouregreg–Oum Er-Rbia

L’ossature de cette stratégie repose sur le projet de connexion des bassins du Loukkos, du Sebou, du Bouregreg et de l’Oum Er-Rbia, premier chantier de cette ampleur dans l’histoire hydraulique du Maroc. Conçu pour optimiser la valorisation des ressources en eau à l’échelle nationale, ce projet a été progressivement renforcé afin de mieux répondre à l’évolution des besoins et aux contraintes climatiques accrues.

Selon le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, la première tranche du transfert des eaux du Sebou vers le Bouregreg est achevée, avec près de 953 millions de mètres cubes déjà acheminés. Cette phase, mise en service en août 2023, repose sur un débit initial de 15 m³ par seconde, soit entre 350 et 470 millions de m³ par an, grâce à un réseau de 66,5 kilomètres de conduites en acier et à deux stations de pompage de grande capacité.

🚰 Une deuxième phase pour sécuriser Rabat, Casablanca et Marrakech

La deuxième tranche, dont le lancement est prévu cette année, vise à porter le débit du transfert Sebou–Bouregreg à 45 m³ par seconde, soit environ 800 millions de m³ par an, avant de connecter le système au bassin de l’Oum Er-Rbiajusqu’au barrage Al Massira. Cette extension, longue de 209,6 kilomètres, constitue un maillon essentiel pour sécuriser l’axe Rabat–Casablanca, renforcer l’approvisionnement en eau potable de Marrakech et soutenir l’irrigation dans des zones agricoles stratégiques comme Doukkala, Beni Amr et Beni Moussa.

🌱 Préserver les nappes et soutenir l’agriculture stratégique

Au-delà de l’alimentation des grandes agglomérations, ces transferts d’eau jouent un rôle clé dans la préservation des nappes phréatiques, notamment celle de Berrechid, fortement sollicitée par l’agriculture intensive. En réinjectant des volumes de surface, les interconnexions contribuent à ralentir la surexploitation des ressources souterraines et à améliorer la résilience hydrique du secteur agricole, pilier de la sécurité alimentaire nationale.

🌦️ Un amortisseur économique face aux sécheresses récurrentes

Dans un contexte de sécheresses successives, les autoroutes de l’eau apparaissent comme un véritable amortisseur économique. Elles offrent une meilleure visibilité aux territoires les plus vulnérables, sécurisent les usages stratégiques et limitent l’impact des pénuries sur la croissance, l’emploi et la stabilité sociale. En redistribuant l’eau là où elle est le plus nécessaire, le Maroc se dote d’un instrument d’adaptation majeur face au changement climatique.

🌍 Une stratégie appelée à évoluer

Si les interconnexions hydrauliques constituent aujourd’hui un pilier de la politique nationale de l’eau, leur efficacité à long terme dépendra de leur articulation avec d’autres leviers, notamment le dessalement, la réutilisation des eaux usées traitées et la sobriété hydrique. À mesure que la pression climatique s’intensifie, la question n’est plus seulement de transférer l’eau, mais de repenser durablement la relation entre territoires, ressources et usages.