BTP: les géants marocains accélèrent leur expansion internationale
🇲🇦🌍 Le BTP marocain à la conquête du monde
Après une décennie de profonde restructuration interne, les grands groupes marocains du BTP entrent dans une nouvelle ère, celle de l’expansion internationale assumée et stratégique. Face à un marché national devenu plus stable mais moins porteur en termes de croissance, des acteurs comme TGCC, SGTM et Jet Contractors misent désormais sur l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique centrale et le Moyen-Orient pour sécuriser leurs revenus, gagner en envergure et s’imposer comme des références régionales dans la construction et les grands travaux.
Portés par une expertise technique reconnue et un savoir-faire forgé sur des projets complexes au Maroc, les champions nationaux du BTP ambitionnent de franchir un cap historique. L’internationalisation n’est plus une option opportuniste, mais un levier stratégique structurant, capable de transformer durablement leur modèle économique et leur positionnement géopolitique dans l’écosystème mondial des infrastructures.
🌍 Une Afrique en pleine mutation, terre promise du BTP
L’Afrique s’impose aujourd’hui comme l’un des marchés les plus prometteurs pour le secteur du BTP. Le continent connaît une dynamique démographique sans précédent. Avec une population estimée à 1,4 milliard d’habitants aujourd’hui et projetée à 2,4 milliards d’ici 2050, la pression sur les infrastructures devient colossale. L’urbanisation accélérée renforce cette tendance, puisque la population urbaine pourrait passer de 650 millions en 2020 à plus de 1,4 milliard dans les trente prochaines années.
Ces mutations se traduisent par des besoins gigantesques en routes, ports, logements, zones industrielles, métros, hubs logistiques, centrales énergétiques et infrastructures de transport. Les estimations évaluent ces besoins à près de 130 milliards de dollars par an, un chiffre qui illustre l’ampleur du défi mais aussi l’exceptionnelle opportunité offerte aux entreprises capables de livrer des projets complexes dans des environnements parfois contraints.
L’Afrique de l’Ouest concentre particulièrement cette dynamique. Avec une croissance économique moyenne proche de 5 % et un poids significatif du BTP dans les économies locales, cette région devient un terrain d’expansion naturel pour les groupes marocains. Le secteur représente environ 7 % du PIB au Sénégal, 4,3 % en Côte d’Ivoire et près de 6 % au Burkina Faso, ce qui confirme le rôle central des infrastructures dans les stratégies de développement.
🏗️🚧 Des projets titanesques qui redéfinissent l’échelle
Les grands chantiers africains incarnent cette montée en puissance. L’autoroute Abidjan-Lagos, longue de 965 kilomètres pour un coût estimé à 15,6 milliards de dollars, symbolise l’ambition d’intégration régionale. Le TER de Dakar, le métro de Lagos, la centrale hydroélectrique de Nachtigal au Cameroun ou encore le parc éolien de Lake Turkana au Kenya témoignent d’une transformation profonde des infrastructures africaines.
Ces projets imposent de nouvelles exigences techniques, financières et organisationnelles. Pour les entreprises marocaines du BTP, ils représentent une opportunité unique de se positionner sur des marchés à forte valeur ajoutée, où leur expérience des grands chantiers et leur capacité d’adaptation constituent des atouts majeurs.
🤝 Les atouts compétitifs du BTP marocain
Les groupes marocains bénéficient d’un avantage stratégique certain. Leur proximité culturelle et linguistique avec l’Afrique francophone, leur connaissance des environnements administratifs complexes et leur compétitivité en termes de coûts leur permettent de rivaliser avec des concurrents européens, turcs ou asiatiques. À cela s’ajoute une expertise éprouvée dans la gestion de projets structurants, acquise au Maroc sur des infrastructures portuaires, autoroutières, énergétiques et urbaines de grande ampleur.
Cette combinaison d’efficacité opérationnelle et de flexibilité constitue un socle solide pour une internationalisation durable.
🏗️ Le Moyen-Orient, nouvel horizon de puissance
Si l’Afrique demeure un pilier central de la stratégie d’expansion, le Moyen-Orient s’impose désormais comme un relais de croissance majeur, avec l’Arabie saoudite en figure de proue. Porté par le programme Vision 2030, le Royaume saoudien investit massivement dans la transformation de son économie et de son paysage urbain.
Le marché saoudien du BTP, estimé aujourd’hui à 655 milliards de dollars, pourrait atteindre 1 300 milliards de dollars d’ici 2030. Malgré les ajustements opérés sur certains mégaprojets comme NEOM, la demande reste considérable, notamment dans les infrastructures urbaines, les complexes touristiques, les zones industrielles, les réseaux ferroviaires, les stades et les équipements sportifs en vue de la Coupe du monde 2034.
Pour les entreprises marocaines, ce marché offre des marges attractives et une visibilité internationale exceptionnelle, à condition de répondre à des standards d’exécution extrêmement élevés.
🇲🇦🏢 TGCC, une stratégie d’implantation progressive et offensive
TGCC illustre parfaitement cette montée en puissance internationale. Déjà solidement implanté en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Gabon, le groupe a franchi un cap décisif en 2024 avec la création de TGCC Arabie saoudite. Bien que l’international ne représente encore qu’environ 7 % de son chiffre d’affaires, cette initiative marque une inflexion stratégique majeure.
En Afrique, TGCC privilégie une approche progressive, fondée sur l’implantation locale, la montée en compétences et la conquête graduelle de projets de grande envergure. En Arabie saoudite, la stratégie est plus offensive, avec un positionnement rapide sur les appels d’offres liés à Vision 2030, notamment dans les bâtiments complexes et les infrastructures industrielles et tertiaires.
L’objectif est clair : diversifier ses sources de revenus, réduire sa dépendance au marché marocain et capter une partie des investissements colossaux du Golfe.
🇲🇦🏗️ Jet Contractors, l’international comme pilier du modèle économique
Jet Contractors est aujourd’hui l’un des groupes marocains les plus avancés dans l’internationalisation du BTP. Avec un carnet de commandes dépassant 8 milliards de dirhams, plus de 3 milliards de chiffre d’affaires et une présence dans 16 pays, l’international représente déjà un quart de son activité.
Son modèle repose sur une haute technicité, une rapidité d’exécution et une implantation sur des marchés offrant de meilleures conditions de paiement. Fort de son expérience en Afrique subsaharienne, le groupe envisage désormais sérieusement une implantation en Arabie saoudite, où la demande pour des façades techniques et des complexes architecturaux sophistiqués correspond parfaitement à son cœur de métier.
🇲🇦⚙️ SGTM, l’expertise lourde au service de l’expansion
SGTM, longtemps concentré sur le marché national, structure aujourd’hui une stratégie internationale ambitieuse. Le groupe capitalise sur ses métiers historiques, notamment les ouvrages hydrauliques, les travaux maritimes et fluviaux, les ouvrages d’art complexes, les projets miniers et énergétiques.
Avec des filiales en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso et au Cameroun, SGTM a démontré sa capacité à rivaliser avec les grands constructeurs internationaux, notamment à travers l’aménagement de la baie de Cocody à Abidjan, inauguré en 2022. Les prochaines années verront le groupe renforcer sa présence en Afrique francophone et anglophone, tout en développant une offre dédiée aux grands groupes miniers, un segment stratégique en forte croissance.
🚀 Un changement d’échelle pour tout un secteur
Pour TGCC, SGTM et Jet Contractors, l’enjeu dépasse la simple conquête de nouveaux contrats. Il s’agit d’un véritable changement d’échelle, où l’international devient la clé de la croissance durable, de la compétitivité financière et de la reconnaissance régionale.
L’Afrique offre un potentiel structurel fondé sur l’urbanisation, la transition énergétique et les besoins massifs en infrastructures. Le Moyen-Orient propose des projets d’envergure mondiale, des conditions financières solides et une visibilité internationale sans équivalent. Ensemble, ces deux régions dessinent la nouvelle géographie stratégique du BTP marocain.
Le Maroc dispose désormais d’entreprises capables d’exporter leur savoir-faire, de rivaliser sur des projets complexes et de porter haut l’image de l’ingénierie et de la construction nationales. La décennie à venir sera décisive pour transformer cette internationalisation en pilier central d’un nouveau modèle de développement pour les géants marocains du BTP.
