Maroc : durcissement des règles concernant les deux-roues
Sécurité routière au Maroc : contrôle technique des motos, digitalisation et sanctions renforcées dans la feuille de route 2025-2030
Sécurité routière au Maroc : le choc 2025-2030
Face à la flambée des accidents impliquant les deux-roues motorisés, le gouvernement engage une transformation structurelle de la sécurité routière au Maroc. La feuille de route 2025-2030 acte un changement de paradigme : fin des procédures papier, contrôle technique obligatoire pour les motos, sanctions renforcées contre les comportements à risque et pilotage par la donnée. Une stratégie globale qui conjugue digitalisation, répression ciblée, modernisation des infrastructures et renforcement de la réponse sanitaire.
🚨 Une explosion des accidents qui impose un tournant stratégique
La progression continue des accidents de la route impliquant les deux-roues motorisés a placé la question de la sécurité des motos au Maroc au centre de l’agenda gouvernemental. Les chiffres de 2024 illustrent l’ampleur du phénomène : plus de 552 000 infractions ont été recensées concernant cette catégorie de véhicules, désormais identifiée comme le principal point noir de la sinistralité routière. Dans un contexte marqué par l’essor rapide des motos, notamment sous l’effet du boom des activités de livraison, l’exécutif estime que les mécanismes traditionnels de prévention ont atteint leurs limites.
La feuille de route 2025-2030 ne se contente pas d’ajuster les dispositifs existants. Elle revendique une rupture méthodologique. L’approche essentiellement pédagogique et préventive, dont l’impact est estimé à 8 %, cède la place à une régulation structurée autour de la donnée, du contrôle automatisé et de la sanction ciblée. Cette inflexion traduit une volonté de passer d’une logique de sensibilisation à une logique de gouvernance intégrée et coercitive.
💻 Fin de l’ère papier : la dématérialisation intégrale dès 2026
Au cœur de cette réforme figure la digitalisation des procédures routières. À partir de 2026, procès-verbaux, échanges administratifs et paiement des amendes basculeront vers un système numérique unifié. Cette dématérialisation vise plusieurs objectifs stratégiques. Elle doit d’abord permettre une fiabilisation des statistiques en centralisant les données relatives aux infractions et aux contrevenants. Le croisement en temps réel des fichiers facilitera l’identification des récidives et la traçabilité des sanctions.
Le paiement électronique des amendes sera généralisé afin de renforcer la transparence et de limiter les dysfonctionnements liés aux circuits traditionnels. Cette modernisation introduit également un mécanisme de contrainte administrative inédit : les contrevenants en situation d’impayés pourront se voir bloquer certaines démarches telles que la vente de leur véhicule ou le paiement de la vignette. En associant automatisation, interconnexion des bases de données et contrôle des flux financiers, l’État entend instaurer une régulation routière fondée sur la donnée et l’exécution effective des sanctions.
🏍️ Contrôle technique obligatoire pour les motos : un tour de vis inédit
La mesure la plus emblématique concerne les deux-roues motorisés. Désormais, un contrôle technique des motos au Maroc sera instauré de manière périodique et obligatoire. Cette décision s’inscrit dans une volonté de mieux encadrer un parc en pleine expansion et de réduire les risques liés à l’état mécanique des véhicules.
Les autorités affichent également une tolérance zéro à l’égard des modifications techniques illégales. Ces transformations, souvent réalisées en dehors de tout cadre réglementaire, sont considérées comme un facteur aggravant de dangerosité. En renforçant les sanctions contre ces pratiques, le gouvernement cible directement un phénomène identifié comme structurel dans l’écosystème des deux-roues.
La stratégie adoptée repose sur une articulation entre contrôle technique, verbalisation accrue et exploitation des données numériques issues de la dématérialisation. L’objectif est d’assécher les comportements à risque par une combinaison de surveillance, de traçabilité et de pénalisation dissuasive.
🛣️ Infrastructures et traitement des points noirs
La réforme ne se limite pas à la dimension répressive. Elle s’étend à l’aménagement du territoire et à la sécurisation des axes routiers. Un programme de traitement des points noirs accidentogènes est déployé, incluant désormais les voiries urbaines. Cette extension traduit la reconnaissance du rôle des environnements urbains dans la sinistralité liée aux motos.
À titre d’exemple, 215 millions de dirhams ont été investis dans la région de Marrakech-Safi pour améliorer les infrastructures et corriger les zones à forte concentration d’accidents. Cette approche territorialisée vise à réduire les facteurs structurels de risque en combinant ingénierie routière, signalisation adaptée et réaménagement des carrefours sensibles.
La modernisation du parc de transport public s’inscrit également dans cette logique globale. Le plan « Bus sécurisé » ambitionne de rajeunir les véhicules afin que l’ensemble du parc ait moins de dix ans d’ici 2026. Cette orientation participe à l’amélioration générale des standards de sécurité et à la réduction des risques mécaniques.
🚑 L’heure critique : renforcer la réponse sanitaire
La stratégie 2025-2030 intègre un volet sanitaire renforcé, centré sur l’optimisation de la prise en charge des victimes durant l’heure critique suivant l’accident. L’État prévoit la formation de 2 800 professionnels de santé afin d’améliorer la coordination des secours et la qualité des interventions d’urgence.
La modernisation du numéro d’urgence 141 complète ce dispositif. En améliorant la réactivité et la gestion des appels, les autorités cherchent à réduire les délais d’intervention, facteur déterminant dans la survie et la limitation des séquelles des blessés. Cette dimension médicale inscrit la réforme dans une approche systémique de la lutte contre l’hécatombe routière au Maroc, où prévention, répression et secours sont envisagés comme des leviers complémentaires.
🏛️ Une gouvernance transversale pour enrayer l’hécatombe
Conscient de la complexité du phénomène, l’exécutif opte pour une gouvernance transversale mobilisant une quinzaine d’institutions. Cette coordination intersectorielle vise à éviter le cloisonnement des compétences et à assurer une mise en œuvre cohérente de la feuille de route 2025-2030.
En conjuguant digitalisation, contrôle technique obligatoire, traitement des infrastructures et renforcement des secours, le gouvernement esquisse un modèle intégré de réforme de la sécurité routière au Maroc. L’abandon progressif d’une approche exclusivement préventive au profit d’une régulation par la donnée et la sanction marque une inflexion profonde dans la politique publique du secteur.
La réussite de ce plan dépendra de la capacité des institutions à orchestrer cette transformation, à garantir l’effectivité des sanctions et à maintenir un équilibre entre contrainte et acceptabilité sociale. Dans un pays où les deux-roues occupent une place croissante dans la mobilité urbaine et périurbaine, la mise en œuvre de cette feuille de route pourrait redéfinir durablement les standards de la sécurité routière au Maroc, en inscrivant la régulation dans l’ère numérique et en reconfigurant les comportements sur l’espace public.
