Maroc : pourquoi la datte « Deglet Nour » algérienne est boycottée
Flambée des prix des dattes algériennes dans l’Oriental : boycott, pouvoir d’achat et valorisation des dattes marocaines au cœur du débat
Dattes sous tension : l’Oriental à l’épreuve des prix et du patriotisme économique
À l’approche du mois de Ramadan, période de forte consommation, la flambée des prix des dattes algériennes Deglet Nour dans la région de l’Oriental provoque une onde de choc sur les marchés locaux. Entre inflation importée, crispations politiques et redécouverte du potentiel agricole national, le débat dépasse largement la simple question des étals pour s’inscrire au cœur des préoccupations économiques et sociales des ménages marocains.
🍯 Une hausse des prix qui bouscule les habitudes de consommation
Dans les villes et communes de l’est du Royaume, la Deglet Nour algérienne, longtemps prisée pour sa texture et son goût, s’affiche désormais à des tarifs jugés excessifs par de nombreux consommateurs. En quelques semaines, les prix ont enregistré une augmentation brutale, rompant avec la relative stabilité observée les années précédentes. Les commerçants invoquent une combinaison de facteurs pour expliquer cette envolée, allant de la hausse des coûts de transport aux nouvelles charges liées à l’importation, en passant par un contexte régional tendu qui pèse sur les circuits d’approvisionnement.
Malgré ces justifications, la hausse intervient dans un climat d’inflation généralisée qui fragilise le pouvoir d’achat des ménages. Pour de nombreuses familles, la datte n’est pas un produit de luxe mais un aliment symbolique, indissociable des traditions culinaires et religieuses. La perception d’une augmentation jugée injustifiée alimente ainsi un sentiment de frustration croissant.
📣 Le boycott comme réponse économique et politique
Face à cette situation, une campagne de boycott a rapidement pris de l’ampleur, notamment sur les réseaux sociaux et dans les discussions publiques. Les appels se multiplient pour délaisser les dattes algériennes Deglet Nour au profit de la production marocaine, au nom de la souveraineté économique et du soutien aux agriculteurs nationaux. Pour les partisans de cette démarche, continuer à importer massivement un produit devenu coûteux revient à pénaliser une filière locale qui peine parfois à écouler ses stocks à des prix rémunérateurs.
Au-delà de l’argument économique, le discours s’enrichit d’une dimension sanitaire. Certains militants évoquent des soupçons liés à l’utilisation de produits chimiques dans les cargaisons importées, appelant à une vigilance accrue et à une tolérance zéro en matière de sécurité alimentaire. Même si ces accusations ne sont pas systématiquement étayées par des données officielles, elles trouvent un écho auprès d’une partie de l’opinion, sensible aux questions de traçabilité et de qualité.
🏪 Beni Drar, symbole d’un commerce sous pression
Dans la commune frontalière de Beni Drar, longtemps considérée comme une plaque tournante du commerce des dattes algériennes, la situation illustre parfaitement les divisions actuelles. Les étals continuent de proposer la Deglet Nour, mais l’ambiance a changé. Certains clients, fidèles à leurs habitudes, acceptent encore de payer le surcoût, estimant que la qualité et la tradition justifient l’effort financier. Pour eux, la datte algérienne reste une référence, en particulier durant le Ramadan.
À l’inverse, une frange croissante de consommateurs exprime son ras-le-bol. Beaucoup jugent désormais « inacceptable » de soutenir une économie étrangère, perçue comme concurrente, alors que les produits nationaux existent et que le coût de la vie ne cesse d’augmenter. Cette bascule progressive vers les dattes marocaines traduit un changement de mentalité, où l’acte d’achat devient un choix à la fois économique et citoyen.
🌴 Le potentiel marocain en quête de reconnaissance
Septième producteur mondial de dattes, le Maroc dispose pourtant d’un patrimoine agricole riche et diversifié. Des oasis du Tafilalet aux palmeraies du sud-est, le Royaume produit des variétés reconnues, dont la prestigieuse Medjool, souvent qualifiée de « reine des dattes ». Appréciée sur les marchés internationaux pour sa taille, sa saveur et sa qualité, elle rivalise sans difficulté avec les meilleures productions étrangères.
Pour les défenseurs du boycott, la conjoncture actuelle constitue une opportunité stratégique. En réorientant la demande vers la production nationale, ils estiment possible de renforcer la filière locale, d’améliorer les revenus des agriculteurs et de réduire la dépendance aux importations, notamment à l’approche des périodes de forte consommation comme le Ramadan. Ce repositionnement pourrait également encourager des investissements supplémentaires dans la transformation, le conditionnement et la commercialisation des dattes marocaines.
🔎 Entre inflation, choix citoyens et avenir de la filière
La polémique autour des prix des dattes algériennes dans l’Oriental dépasse ainsi le cadre d’une simple fluctuation de marché. Elle met en lumière les tensions entre habitudes de consommation, pouvoir d’achat et aspirations à une plus grande autonomie économique. À mesure que les consommateurs arbitrent entre tradition et pragmatisme, la question centrale demeure : cette prise de conscience collective sera-t-elle durable et capable de transformer en profondeur la place des produits agricoles marocains sur les marchés nationaux ?
