Frontière Maroc-Algérie : la stratégie algérienne de la provocation
À la frontière orientale du Royaume, les récents mouvements de l’armée algérienne dans la localité d’Ich, relevant de la province marocaine de Figuig, ont ravivé des tensions latentes et relancé un débat sensible sur la sécurité frontalière, la souveraineté territoriale du Maroc et la portée réelle de la convention maroco-algérienne de 1972. Pour l’expert en relations internationales Ahmed Noureddine, ces manœuvres militaires ne relèvent ni du hasard ni d’un simple ajustement administratif tardif, mais s’inscrivent dans une stratégie délibérée de provocation, pensée pour pousser Rabat vers une confrontation ouverte que l’Algérie chercherait à maîtriser sur le plan narratif et diplomatique.
🚧 Ich, un nouveau foyer de tensions dans une région déjà fragilisée
Début février 2026, des éléments de l’armée algérienne ont procédé, de manière unilatérale, au déplacement de bornes frontalières dans la localité d’Ich, une zone rurale sensible et faiblement peuplée de la province de Figuig. Cette opération, menée sans concertation avec la partie marocaine et sans mécanisme bilatéral officiel, a immédiatement suscité l’inquiétude des habitants et ravivé le souvenir encore vif de l’affaire d’El Arja en 2021, où des terres agricoles marocaines avaient été amputées au nom d’une interprétation controversée de la frontière.
Pour Ahmed Noureddine, présenter ces actes comme une simple mise en œuvre technique de l’accord de délimitation des frontières de 1972 relève d’un narratif fallacieux. L’expert souligne l’incohérence d’un discours qui prétend que l’Algérie aurait, pendant près de cinquante ans, toléré l’exploitation de terres qu’elle considère aujourd’hui comme siennes, alors même qu’elle mène depuis plusieurs années une politique de rupture totale avec le Maroc, tant sur le plan diplomatique qu’économique et sécuritaire.
L’accord de 1972 fragilisé par des violations antérieures
Au-delà des événements récents, l’accord frontalier de 1972 apparaît déjà profondément fragilisé par des faits historiques majeurs. La bataille d’Amgala en 1976, impliquant directement l’armée algérienne, constitue une violation manifeste de cet accord, remettant en cause sa validité juridique. Dans cette perspective, certains analystes estiment que la situation frontalière devrait être réexaminée à la lumière des fondements historiques antérieurs, notamment le traité de Lalla Maghnia de 1845, signé entre le Maroc et la France, ainsi que les protocoles de 1901 et 1902, qui plaçaient explicitement Figuig du côté marocain. La frontière entre Figuig et Tindouf, longue d’environ 1 200 kilomètres, demeure largement poreuse, favorisant des situations d’abus répétés au détriment des civils marocains.
🧠 Une justification assimilée à une vaste opération de désinformation
Selon Ahmed Noureddine, l’argumentaire avancé autour de la convention de 1972 constitue le cœur d’une opération de désinformation massive, destinée à légitimer a posteriori des actes de spoliation territoriale. Il rappelle que l’Algérie ne se contente pas de fermer sa frontière terrestre avec le Maroc depuis des décennies, mais qu’elle a également fermé son espace aérien aux avions civils marocains, y compris ceux transportant des pèlerins à destination des Lieux saints de l’islam, une décision lourde de symboles et de conséquences humaines.
Dans ce contexte de confrontation assumée, prétendre à une application technique neutre d’un accord bilatéral apparaît, selon lui, comme une fiction politique. L’affaire d’Ich s’inscrirait ainsi dans une continuité logique avec l’amputation de l’oasis d’El Arja, devenue un précédent inquiétant pour l’ensemble des zones frontalières marocaines. Pour l’expert, il ne s’agit pas d’incidents isolés, mais d’un processus progressif de faits accomplis, visant à tester les lignes rouges marocaines.
🔥 Un déluge hostile aux multiples dimensions
L’analyse d’Ahmed Noureddine dépasse largement le seul cadre territorial. Il décrit une escalade multidimensionnelle, combinant pressions militaires, actions symboliques et guerre psychologique. Parmi les éléments les plus graves, il évoque les assassinats de civils marocains, notamment les jeunes marocains perdus en mer tués sur au large de Saïdia, la récente arrestation suivie de l’exécution sommaire de 3 ressortissants marocains, des tirs frontaliers récents (etc.), qui constituent des violations manifestes du droit international humanitaire.
À ces actes s’ajoutent une guerre économique et médiatique, marquée par des campagnes hostiles contre les intérêts marocains, ainsi que des entraves logistiques, comme l’interdiction de transit de certaines marchandises via les ports marocains à destination de l’Algérie. Sur le plan strictement militaire, l’expert pointe également les manœuvres à balles réelles organisées par l’armée algérienne à proximité immédiate de la frontière, perçues comme des signaux de dissuasion agressifs, voire comme des actes de provocation calculés.
⚠️ Le « choix suicidaire » d’une fuite en avant
Pour comprendre cette stratégie, Ahmed Noureddine avance la thèse d’un « choix suicidaire » opéré par le régime algérien. En 2026, avec un budget militaire avoisinant les 25 milliards de dollars, l’Algérie figure parmi les pays les plus militarisés du continent africain. Pourtant, cette puissance de feu contraste avec une réalité interne marquée par de profondes crises politiques, économiques et sociales, ainsi qu’un isolement diplomatique croissant.
Selon l’expert, la tentation de provoquer un conflit extérieur répondrait à une logique classique de diversion, visant à détourner l’attention des difficultés internes et à recréer artificiellement un ennemi extérieur fédérateur. Mais une telle option serait particulièrement risquée pour un pays structurellement dépendant de la rente des hydrocarbures, exposé aux fluctuations des marchés énergétiques et traversé par des tensions sociales persistantes.
🛡️ La patience stratégique du Maroc comme contre-modèle
Face à cette escalade, la posture marocaine se distingue par une patience stratégique assumée. Rabat refuse de céder à la provocation ou de réagir sous la pression émotionnelle ou médiatique. Pour Ahmed Noureddine, cette retenue n’est ni une faiblesse ni un renoncement, mais un choix rationnel inscrit dans une vision de long terme.
Le Maroc concentre ses efforts sur la modernisation de ses Forces Armées Royales, le développement d’une industrie de défense nationale, et l’accélération de ses chantiers économiques, industriels et technologiques. Parallèlement, le Royaume consolide ses partenariats stratégiques internationaux, renforçant sa crédibilité diplomatique et sécuritaire. Dans cette dynamique, l’expert estime que le fossé de développement entre le Maroc et l’Algérie ne cesse de se creuser, au détriment de cette dernière.
🌍 Internationaliser le différend et réparer les injustices
Toutefois, Ahmed Noureddine considère que la retenue militaire doit s’accompagner d’une action plus ferme sur les plans diplomatique et interne. Il appelle à une internationalisation méthodique du dossier, en documentant chaque violation frontalière et en saisissant les Nations unies, les juridictions et les organisations régionales compétentes, afin d’établir clairement la responsabilité de l’Algérie.
Sur le plan national, l’expert insiste également sur la nécessité d’une indemnisation des victimes. Les agriculteurs d’El Arja en 2021, ceux d’Ich en 2026, tout comme les familles expulsées depuis les années 1970, doivent, selon lui, bénéficier d’une réparation matérielle et morale. Cette reconnaissance est essentielle pour préserver la cohésion nationale et éviter que les populations frontalières ne se sentent abandonnées face à des pressions répétées.
🔍 Une crise révélatrice des équilibres régionaux
Au-delà de la localité d’Ich, cette séquence met en lumière une confrontation plus large autour de la stabilité du Maghreb, du respect des accords bilatéraux et de la protection des civils vivant aux marges des États. Entre une Algérie accusée de privilégier l’escalade et le fait accompli, et un Maroc misant sur le droit, la patience et le développement, l’issue de ce bras de fer aura des répercussions durables bien au-delà de la frontière de Figuig.
