samedi, février 7, 2026
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Frontière Maroc – Algérie : la valeur de l’accord de 1972

Incursion algérienne à Ksar Ich : tensions à Figuig, frontières contestées et appel à une action internationale du Maroc

Dans un climat régional déjà fortement dégradé, les récents événements survenus à l’extrême est du Royaume ravivent avec acuité la question des frontières maroco-algériennes et de la portée juridique de l’accord de délimitation de 1972. L’intervention de l’armée algérienne à Ksar Ich, dans la province marocaine de Figuig, le 4 février 2026, s’inscrit dans une succession d’actes unilatéraux qui affectent directement des populations civiles vulnérables et soulèvent des interrogations majeures sur la souveraineté territoriale, le respect du droit international et la protection des citoyens vivant dans les zones frontalières.

🚨 Ksar Ich, un nouvel épisode de tension à la frontière maroco-algérienne

L’entrée de soldats algériens à Ksar Ich, localité rurale relevant de la commune de Beni Guil, constitue le dernier épisode en date d’une série d’incursions algériennes à Figuig. En se fondant sur une interprétation unilatérale de l’accord frontalier de 1972, l’armée algérienne a procédé à une délimitation de facto de nouvelles lignes sur le terrain, sans concertation ni information préalable, laissant les habitants dans une profonde incompréhension. Situé à environ 60 à 80 kilomètres du centre urbain de Figuig, ce village abrite à peine 20 à 25 familles, vivant principalement de l’agriculture traditionnelle sur des terres transmises de génération en génération.

Par sa faible densité humaine et son éloignement, Ksar Ich se trouve dans une situation encore plus fragile que El Arja, localité déjà touchée en 2021 par des actions similaires. Cette vulnérabilité structurelle expose ses habitants à des pressions répétées, difficiles à contenir pour une population réduite, peu armée face à des forces militaires organisées.

🌾 Des agriculteurs privés de leurs terres ancestrales

Du jour au lendemain, plusieurs propriétaires se sont vu interdire l’accès à leurs oliveraies, pourtant situées sur le territoire national marocain et ne correspondant ni à des lignes de crête ni à des barrières naturelles pouvant servir de frontière. Cette restriction brutale d’accès aux terres agricoles menace directement la subsistance des familles concernées et accélère un processus de départ forcé des populations locales, ouvrant la voie à un nouveau morcellement territorial.

Selon de nombreux témoignages recueillis sur place, les incursions de soldats algériens à Figuig ne sont ni ponctuelles ni isolées. Elles s’accompagnent d’intimidations armées, visant indistinctement hommes, femmes et parfois même des mineurs. Des habitants rapportent avoir été dépouillés de leurs effets personnels, renforçant un climat de peur et d’insécurité permanent dans ces zones rurales reculées.

🛑 Sécuriser les frontières du « fait accompli » pour protéger les riverains

Face à cette situation, de nombreuses voix estiment qu’une réaction immédiate de la partie marocaine est indispensable, au moins pour délimiter physiquement la zone et empêcher la répétition de telles incursions. Une telle mesure, à court terme, viserait avant tout à protéger les populations riveraines, sans préjuger des droits historiques et juridiques du Maroc sur l’ensemble de la frontière.

Cette approche pragmatique n’exclut en rien la possibilité, à moyen ou long terme, de réviser globalement les frontières lorsque le contexte diplomatique le permettra. Elle s’inscrirait dans le respect du principe selon lequel l’accord de 1972 entre le Maroc et l’Algérie ne saurait être appliqué de manière partielle. Si Alger s’en prévaut pour justifier chaque avancée ou accaparement de terres, alors l’intégralité du texte devrait être considérée, faute de quoi il deviendrait juridiquement nul et non applicable.

⚖️ L’accord de 1972 fragilisé par des violations antérieures

Au-delà des événements récents, l’accord frontalier de 1972 apparaît déjà profondément fragilisé par des faits historiques majeurs. La bataille d’Amgala en 1976, impliquant directement l’armée algérienne, constitue une violation manifeste de cet accord, remettant en cause sa validité juridique. Dans cette perspective, certains analystes estiment que la situation frontalière devrait être réexaminée à la lumière des fondements historiques antérieurs, notamment le traité de Lalla Maghnia de 1845, signé entre le Maroc et la France, ainsi que les protocoles de 1901 et 1902, qui plaçaient explicitement Figuig du côté marocain.

La frontière entre Figuig et Tindouf, longue d’environ 1 200 kilomètres, demeure largement poreuse, favorisant des situations d’abus répétés au détriment des civils marocains.

🚜 Vols, arrestations et violences : un quotidien sous tension

Dans la province de Figuig, des faits graves ont déjà été documentés, notamment des vols commis par des soldats algériens armés, à proximité de palmeraies situées sans ambiguïté sur le territoire marocain. À cela s’ajoutent des vols de bétail, des agressions de bergers, et même des arrestations arbitraires de paysans marocains, transférés à Colomb-Béchar, jugés en Algérie, puis contraints de rejoindre Figuig par avion via Alger.

Ces récits, nombreux et concordants, illustrent une réalité vécue par les populations frontalières, qui dépasse largement le seul cas de Ksar Ich et s’inscrit dans une logique de provocations répétées, observées également dans d’autres zones sensibles comme Saïdia.

⚔️ Un deux poids, deux mesures sécuritaire

Un contraste saisissant apparaît dans la gestion des incidents frontaliers. Alors que des soldats algériens égarés sont régulièrement secourus par les Forces armées royales marocaines et reconduits sans violence vers leur pays, les civils marocains subissent intimidations, arrestations et pertes matérielles. Cette asymétrie nourrit un sentiment d’injustice et renforce la perception d’un deux poids, deux mesures dans la gestion de la frontière.

Les tensions ne se limitent pas au sol. Sur le plan militaire, l’Algérie multiplie les exercices de tirs réels à proximité immédiate de la frontière marocaine, actes assimilables à des démonstrations de force. À cela s’ajoute la fermeture de l’espace aérien algérien aux avions civils marocains, y compris ceux transportant des pèlerins vers La Mecque, une mesure aux lourdes implications humanitaires et diplomatiques.

🔥 Une escalade depuis la rupture diplomatique de 2021

Depuis la rupture unilatérale des relations diplomatiques par l’Algérie le 24 août 2021, la liste des actes hostiles s’est considérablement allongée. Meurtres de civils marocains à la frontière, exécutions de jeunes en mer au large de Saïdia, incursions terrestres répétées et pressions sur les populations locales composent un tableau alarmant d’escalade progressive.

Consciente que Rabat privilégie la retenue et refuse une guerre aux conséquences dévastatrices pour les deux peuples, Alger semble exploiter cette posture pour intensifier ses actions sur le terrain. Cette stratégie place les citoyens marocains des zones frontalières dans une situation de grande précarité, entre insécurité permanente et perte de leurs moyens de subsistance.

🌍 Vers une internationalisation du dossier frontalier ?

Si la position officielle du Maroc, fondée sur la paix et la stabilité régionale, est largement comprise, elle ne saurait occulter la nécessité de défendre les droits des citoyens et de protéger leurs biens. Face à la répétition des violations, de plus en plus d’observateurs estiment que l’État marocain devrait saisir les Nations unies ainsi que les organisations internationales et régionales compétentes, afin de tenir l’Algérie responsable de ses actes.

La situation à Ksar Ich pourrait ainsi devenir un symbole plus large des défis posés par la gestion des frontières héritées de l’histoire, dans un Maghreb où la stabilité dépend aussi de la capacité des États à garantir la sécurité et la dignité des populations vivant aux marges de leurs territoires.