dimanche, février 1, 2026
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Maroc : les intempéries ont retardé le semis du cannabis beldi

Les intempéries persistantes qui frappent le nord du Maroc en ce début d’année viennent bousculer le calendrier agricole d’un secteur particulièrement scruté, celui du cannabis légal au Maroc. Initialement programmée pour la fin du mois de janvier, la campagne de plantation de la variété traditionnelle cannabis beldiya (la variété locale de cannabis qui est cultivée dans le pays depuis des siècles) a dû être reportée dans plusieurs zones montagneuses du Rif et de l’Oriental. Un contretemps climatique qui n’entame toutefois pas la dynamique structurelle d’une filière en pleine mutation, portée par une adhésion croissante des agriculteurs au circuit réglementé et par une volonté étatique affirmée de transformer durablement un héritage agricole longtemps cantonné à l’informel.

🌧️ Des conditions météorologiques défavorables qui retardent les semis

Les fortes précipitations, le froid persistant et l’humidité inhabituelle observés ces dernières semaines dans les reliefs du nord du Royaume ont rendu les sols impropres aux premiers semis de la variété kif beldiya, pilier du cannabis marocain traditionnel. Dans les provinces du Rif central et oriental, les coopératives agricoles ont été contraintes de suspendre temporairement le lancement de la campagne, privilégiant la prudence afin de préserver la qualité des cultures et d’éviter des pertes précoces.

Selon les orientations communiquées par l’Agence Nationale de Réglementation des Activités relatives au Cannabis (ANRAC), cette situation reste maîtrisée. Le calendrier officiel prévoit que la période de plantation demeure ouverte jusqu’au 28 février, avec la possibilité d’une extension exceptionnelle jusqu’au 31 mars afin de compenser les aléas climatiques. Une flexibilité qui illustre l’adaptation progressive du cadre réglementaire aux réalités du terrain et aux contraintes environnementales.

🌱 Une filière légale en plein essor malgré les retards

Au-delà de ce report ponctuel, la filière légale du cannabis au Maroc affiche une vitalité remarquable. Dans la province d’Al Hoceïma, épicentre historique de la culture du kif, le nombre d’agriculteurs ayant intégré le circuit autorisé a progressé de près de 50 % en un an. Une évolution spectaculaire qui traduit un basculement profond des producteurs vers un modèle encadré, sécurisé juridiquement et économiquement, rompant avec des décennies de pratiques informelles.

Les acteurs du secteur estiment que cette dynamique pourrait, à moyen terme, marginaliser durablement les circuits clandestins dans des zones emblématiques comme Ketama et Sanhaja, longtemps considérées comme les bastions du cannabis illégal. L’attrait du cadre réglementé, combiné à des débouchés industriels clairs et à une meilleure traçabilité, redéfinit progressivement les équilibres économiques et sociaux de ces territoires.

🧬 Productivité, qualité et préservation du patrimoine génétique

L’enjeu central de cette nouvelle phase de développement réside désormais dans l’amélioration des rendements sans altérer l’identité génétique de la plante. L’Agence Nationale de Réglementation des Activités relatives au Cannabis a engagé plusieurs programmes d’analyses en laboratoire visant à optimiser les performances des semences beldi tout en conservant leurs caractéristiques locales. L’objectif affiché est ambitieux : doubler le rendement du cannabis beldiya afin de renforcer sa compétitivité face aux variétés importées, souvent plus productives mais moins adaptées au terroir marocain.

Sur le terrain, les agriculteurs appellent à un accompagnement technique renforcé. L’accès facilité aux engrais adaptés, la modernisation des pratiques culturales et la création d’unités de séchage modernes figurent parmi les principales revendications. Ces infrastructures sont perçues comme un levier essentiel pour améliorer la qualité finale du produit et répondre aux exigences des marchés médical et industriel.

⚖️ Des tensions commerciales qui fragilisent certaines coopératives

Ce tableau globalement positif est néanmoins assombri par des difficultés localisées, notamment dans la province de Taounate. Dans la zone de Ghafsai, plusieurs coopératives dénoncent des retards de paiement de la part d’entreprises partenaires, engagées contractuellement dans l’achat de la production réglementée. Ces blocages financiers créent une pression supplémentaire sur les producteurs à l’approche de la nouvelle saison et alimentent un climat d’incertitude sociale.

Face à ces tensions, l’Agence Nationale de Réglementation des Activités relatives au Cannabis est intervenue pour jouer un rôle de médiation, tentant de rétablir la confiance entre les différents maillons de la chaîne de valeur. L’enjeu est de taille, car la crédibilité du modèle marocain de régulation du cannabis repose autant sur la solidité juridique que sur la fiabilité économique des partenariats noués avec les agriculteurs.

Alors que les conditions climatiques devraient progressivement s’améliorer et permettre la reprise des semis dans les semaines à venir, la campagne 2026 s’annonce comme un test décisif pour la consolidation de cette filière stratégique. Entre adaptation aux aléas naturels, structuration des marchés et accompagnement des producteurs, le cannabis légal au Maroc continue d’écrire une nouvelle page, à la croisée des enjeux agricoles, économiques et sociaux.