samedi, janvier 31, 2026
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Prison ferme pour l’ancien maire de Marrakech et son adjoint

La justice marocaine a mis un point final à l’un des dossiers financiers les plus sensibles liés à l’organisation de la COP22 à Marrakech. Après plusieurs années de procédure, l’ancien maire de la ville ocre, Mohamed Larbi Belcaid, et son ex-premier adjoint, Younes Benslimane, ont été condamnés à des peines de prison ferme assorties de lourdes sanctions financières. Une décision judiciaire qui résonne bien au-delà du cadre local et relance le débat sur la gestion des deniers publics, la gouvernance territoriale et l’organisation des grands événements internationaux au Maroc.

⚖️ Affaire des marchés de la COP22 : la justice tranche définitivement

🏛️ Un verdict très attendu rendu à Marrakech

La chambre criminelle du tribunal de première instance chargée des crimes financiers près la Cour d’appel de Marrakech a rendu, vendredi matin, son verdict dans l’affaire dite des « marchés de la COP22 ». Ce dossier, suivi de près par l’opinion publique depuis plusieurs années, portait sur des soupçons de détournement de fonds publics liés aux marchés négociés conclus à l’occasion de la Conférence mondiale sur le climat organisée à Marrakech en novembre 2016.

La juridiction a reconnu coupables Mohamed Larbi Belcaid, ancien président du conseil communal de Marrakech, et Younes Benslimane, alors premier adjoint au maire, pour leur implication dans des irrégularités financières portant sur un montant global dépassant 280 millions de dirhams, selon les informations rapportées par le quotidien Assabah dans son édition du week-end du 31 janvier au 1er février.

👨‍⚖️ Des peines de prison ferme et de lourdes sanctions financières

Le tribunal a condamné Mohamed Larbi Belcaid, membre du Parti de la justice et du développement (PJD), ainsi que Younes Benslimane, aujourd’hui député du Rassemblement national des indépendants (RNI), à deux ans de prison ferme chacun. À ces peines privatives de liberté s’ajoutent une amende individuelle de 40.000 dirhams et une indemnisation civile solidaire de 4 millions de dirhams au profit de l’État marocain.

Ce jugement intervient alors que les deux anciens responsables locaux comparaissaient en liberté provisoire, confirmant la gravité des faits reprochés et la volonté de la justice de sanctionner sévèrement les atteintes à la probité dans la gestion des finances publiques.

🧾 Une affaire née d’une plainte déposée dès 2017

🕵️‍♂️ L’alerte lancée par la société civile

Les poursuites trouvent leur origine dans une plainte déposée en 2017 par Abdelilah Tatouch, président de l’Association nationale de défense des droits humains et de protection des deniers publics. Saisie par cette requête, adressée au procureur général du Roi près la Cour d’appel de Marrakech, la justice avait été appelée à enquêter sur les conditions d’attribution des marchés conclus dans le cadre de la COP22 Marrakech.

La plainte évoquait des soupçons de corruption, de gaspillage de fonds publics et d’abus de procédures, dans un contexte marqué par l’urgence organisationnelle liée à l’accueil d’un sommet international d’envergure mondiale.

🚧 Des projets réalisés sous couvert d’urgence

Selon le plaignant, les faits reprochés concernent une série de projets exécutés sous le régime de l’urgence, profitant du caractère exceptionnel de la conférence sur le climat. Le dossier porte sur une cinquantaine de marchés négociés, financés par le budget de l’État à hauteur d’environ 280 millions de dirhams, dont la légalité a été remise en cause en raison de leur attribution en dehors des procédures classiques d’appels d’offres.

Cette utilisation répétée des marchés négociés, censés rester exceptionnels, a constitué l’un des points centraux de l’accusation, alimentant les soupçons de détournement de fonds publics COP22 et de favoritisme.

🔍 Une enquête approfondie de la police judiciaire

📂 Des investigations détaillées sur les marchés publics

À la suite du dépôt de plainte, la brigade régionale de la police judiciaire de Marrakech a ouvert une enquête préliminaire approfondie. Les enquêteurs ont examiné l’ensemble des documents financiers, administratifs et contractuels relatifs aux marchés conclus pour l’organisation de la COP22, tout en procédant à l’audition de nombreux responsables, élus et prestataires.

Les investigations ont mis en évidence que le recours aux marchés négociés n’était pas justifié par une imprévisibilité de l’événement, les responsables concernés ayant une connaissance préalable du lieu et de la date du sommet mondial sur le climat.

💰 Des soupçons d’abus d’influence et de surfacturation

Selon les conclusions de l’enquête, Mohamed Larbi Belcaid et Younes Benslimane auraient abusé de leur influence en tant que responsables communaux pour attribuer certains marchés à des entrepreneurs déterminés, à des prix jugés excessifs. Les enquêteurs ont estimé que ces pratiques avaient porté un préjudice direct aux finances publiques et contrevenaient aux principes de transparence et de concurrence régissant les marchés publics.

📜 Un dossier emblématique des dérives liées aux grands événements

⚖️ Des qualifications pénales clairement établies

À l’issue de l’enquête préliminaire, le dossier a été transmis au procureur général du Roi, puis confié à un juge d’instruction. Celui-ci a retenu contre Mohamed Larbi Belcaid l’accusation de détournement de fonds publics placés sous sa responsabilité en vertu de ses fonctions, et contre Younes Benslimane celle de participation au détournement de fonds publics, également en lien avec ses attributions officielles.

La décision rendue par la chambre criminelle marque ainsi l’aboutissement judiciaire d’une affaire devenue emblématique des débats sur la gestion des finances publiques lors des événements internationaux accueillis par le Maroc.

🌍 Une portée politique et institutionnelle majeure

Au-delà des condamnations individuelles, ce verdict pose la question de la gouvernance locale, de la responsabilité des élus et des mécanismes de contrôle dans le cadre des manifestations d’envergure mondiale. L’affaire des marchés de la COP22 Marrakech s’impose désormais comme un précédent judiciaire majeur, illustrant la vigilance accrue des autorités face aux dérives financières et à l’utilisation abusive de procédures exceptionnelles.