vendredi, janvier 30, 2026
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Casablanca : 300 familles spoliées, 3 promoteurs incarcérés

Maroc : 3 promoteurs écroués à Casablanca dans un scandale immobilier ayant spolié 300 familles, révélant des détournements massifs et un système frauduleux

Après quinze années d’attente, d’espoirs déçus et de procédures avortées, le dossier d’un projet immobilier à l’abandon à Sidi Maârouf, Casablanca, a connu un tournant judiciaire majeur. Trois promoteurs immobiliers, dont deux frères, ont été placés en détention préventive à la prison d’Oukacha, dans une affaire emblématique de détournement de fonds, d’escroquerie immobilière et d’abus de confiance, qui a plongé près de 300 familles dans une précarité résidentielle prolongée.

🏗️ Un projet résidentiel devenu symbole d’un scandale immobilier

Le juge d’instruction a ordonné, mercredi 28 janvier, l’incarcération de trois hommes d’affaires soupçonnés d’avoir orchestré un vaste système frauduleux autour d’un projet immobilier lancé au début des années 2010 à Sidi Maârouf. Présentée à l’origine comme une résidence moderne destinée à la classe moyenne, l’opération a rapidement sombré dans l’impasse, les travaux ayant été interrompus sans explication claire, laissant les acquéreurs sans logements malgré des paiements parfois intégralement effectués.

Selon les éléments de l’enquête, près de 300 familles se retrouvent aujourd’hui lésées, certaines depuis plus de quinze ans, sans perspective concrète de livraison ni de remboursement. Une situation qui a progressivement transformé ce projet immobilier en un cas d’école des dérives du secteur et des failles dans la protection des acquéreurs.

⚖️ Une justice longtemps patiente, désormais inflexible

D’après le quotidien Assabah, les mis en cause ont été déférés devant le procureur du Roi le jour même de leur arrestation. Jusqu’à cette décision de placement en détention, le parquet avait pourtant multiplié les gestes d’ouverture, privilégiant une approche sociale et conciliatrice. À plusieurs reprises, les promoteurs avaient obtenu des délais supplémentaires afin de parvenir à un règlement à l’amiable avec les victimes.

Les accusés avaient notamment invoqué l’obtention imminente d’un crédit bancaire censé garantir les droits des acquéreurs et permettre la reprise des travaux. Ces engagements, présentés comme des solutions de sortie de crise, ne se sont jamais matérialisés, renforçant la conviction des autorités judiciaires quant au caractère dilatoire de ces promesses.

💰 Un montage financier effondré sous le poids des dettes

Les premières investigations ont mis en évidence une situation financière catastrophique. La banque ayant initialement financé le projet, face à l’impossibilité de recouvrer ses créances, a saisi le tribunal de commerce. Celui-ci a prononcé plusieurs jugements ordonnant la vente aux enchères des actifs du projet pour un montant global estimé à 485 millions de dirhams.

Fait particulièrement choquant pour les victimes, ces décisions n’ont pas tenu compte des avances déjà versées par les acquéreurs, dont certains avaient réglé la totalité du prix de leur appartement. Cette exclusion des droits des familles a accentué le sentiment d’injustice et de dépossession, tout en révélant la complexité du contentieux entre créanciers institutionnels et particuliers.

🔍 Détournements massifs et usages personnels des fonds

L’enquête judiciaire a surtout levé le voile sur des détournements de fonds d’une ampleur considérable. Les crédits bancaires contractés, dépassant les 300 millions de dirhams et destinés exclusivement à la construction et à la livraison des logements, auraient été utilisés à des fins étrangères au projet.

Les enquêteurs ont notamment établi qu’un responsable de la société avait consacré 7,5 millions de dirhams à l’acquisition de deux appartements de luxe en front de mer. Par ailleurs, en 2018, alors que le chantier était officiellement à l’arrêt, près de 10 millions de dirhams auraient été versés sous forme de salaires, sans justification économique ni activité réelle sur le site.

🕴️ Réseaux d’influence et tentatives de financement parallèle

Toujours selon Assabah, malgré l’état critique de l’entreprise, des accords auraient été négociés avec plusieurs complices afin de tenter d’obtenir de nouveaux financements. Parmi les noms évoqués figure celui d’une ancienne ministre, proche d’un entrepreneur impliqué dans le dossier. Ces manœuvres, destinées à contourner les refus des établissements bancaires, n’ont toutefois pas abouti, les banques ayant opposé une fin de non-recevoir face à un risque jugé excessif.

Ces tentatives avortées illustrent, selon les enquêteurs, la persistance d’une stratégie visant à gagner du temps plutôt qu’à résoudre le litige au bénéfice des victimes.

📑 Sociétés fictives et facturations sans contrepartie

L’instruction a également mis au jour l’existence présumée de sociétés écrans, utilisées pour capter les avances des acquéreurs et siphonner les flux financiers du projet. Des factures de plusieurs millions de dirhams, sans contrepartie réelle en travaux, équipements ou prestations, auraient été intégrées à la comptabilité de la société porteuse du projet.

Ces pratiques, assimilables à des abus de biens sociaux et à de la fraude financière organisée, laissent penser que plusieurs acteurs ont profité de la manne issue du prêt bancaire initial, au détriment des futurs propriétaires.

🚨 Une affaire aux répercussions judiciaires encore ouvertes

Pour les autorités judiciaires, cette affaire dépasse le simple cadre d’un litige immobilier. Elle pose la question de la rupture de la confiance publique dans un secteur stratégique et touche directement à la sécurité juridique des citoyens. La détention préventive des promoteurs marque une volonté claire de rompre avec l’impunité perçue dans ce type de dossiers.

Les magistrats n’excluent pas de nouvelles mises en cause. « Il est attendu que la suite des investigations révèle d’autres responsabilités », souligne Assabah, laissant entrevoir de possibles rebondissements judiciaires impliquant des intermédiaires financiers, des prestataires ou des complices institutionnels.

🏠 Des familles toujours dans l’attente de justice

Pour les près de 300 familles concernées, l’incarcération des promoteurs constitue avant tout un signal fort, mais elle ne règle pas l’essentiel : l’accès à un logement ou la récupération des fonds investis. Quinze ans après le lancement du projet, leur combat se poursuit, désormais placé sous le regard attentif de la justice et de l’opinion publique.

Cette affaire pourrait devenir un précédent majeur dans la lutte contre les escroqueries immobilières au Maroc, en rappelant que les dérives financières, même anciennes, finissent par rattraper leurs auteurs.