vendredi, février 28, 2025
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Des tensions commerciales entre le Maroc et l’Égypte

Des tensions commerciales entre le Maroc et l’Égypte

Le Maroc et l’Égypte sont confrontés à une intensification de leurs tensions commerciales, mettant en péril leur accord de libre-échange. Pour éviter une crise, une réunion ministérielle est prévue à Rabat afin de rééquilibrer les échanges commerciaux et résoudre les différends, notamment ceux liés aux restrictions imposées aux exportations marocaines. En réponse, le Maroc a instauré des taxes et lancé une enquête antidumping.

Le conflit commercial entre les deux pays a conduit à la convocation d’une rencontre ministérielle à Rabat, visant à préserver l’accord de libre-échange qui lie les deux nations, dans le cadre de l’Accord d’Agadir. Cet accord inclut également la Tunisie et la Jordanie. Une délégation de haut niveau égyptienne, dirigée par le ministre du Commerce, est attendue cette semaine au Maroc pour éviter l’escalade de cette crise commerciale. Selon le quotidien Al Ahdath Al Maghribia du 27 février, une source officielle a précisé qu’après plusieurs réunions techniques, il a été décidé d’organiser une réunion ministérielle pour réexaminer l’accord commercial et garantir un équilibre dans les échanges entre les deux pays.

Cette réunion survient dans un contexte marqué par une tension médiatique liée à un différend commercial entre le Maroc et l’Égypte. Selon des sources égyptiennes, des restrictions ont été imposées à l’entrée de certains produits égyptiens dans les ports marocains, en réponse à des obstacles sur les exportations marocaines, notamment les voitures, jugées non conformes aux normes égyptiennes. Cependant, une source proche des autorités marocaines a minimisé la situation en soulignant que « ce n’est ni une guerre commerciale, ni une crise majeure », précisant qu’il y a parfois des problèmes commerciaux mais qu’ils sont généralement résolus dans le cadre des relations solides entre les deux nations.

Cette réunion offrira ainsi une occasion de réévaluer les termes de l’accord commercial pour assurer que les droits des deux parties soient respectés, a indiqué la même source.

Les tensions commerciales entre les deux pays ne sont pas nouvelles. Par le passé, sous l’ancien gouvernement égyptien, des restrictions avaient été imposées sur certains produits marocains, notamment des voitures, qui étaient bloquées dans les ports égyptiens sous prétexte qu’elles ne respectaient pas les normes en vigueur. Cela avait entraîné l’intervention de l’ancien ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Moulay Hafid Elalamy, pour clarifier la situation conformément aux termes de l’accord de libre-échange.

Une source influente de la Confédération marocaine des exportateurs, citée sous anonymat, a affirmé que les accusations sur la non-conformité des voitures marocaines aux normes étaient sans fondement, précisant que ces véhicules sont largement vendus en Europe, notamment en Espagne et en France, où les normes d’importation sont particulièrement strictes. Cette source a suggéré que la partie égyptienne cherchait à fermer le marché aux produits marocains, notamment les produits manufacturés, pour empêcher leur accès à la région du Moyen-Orient.

Les données commerciales montrent que l’Égypte reste le principal bénéficiaire de l’accord de libre-échange avec le Maroc, mais le déficit commercial du Maroc vis-à-vis de l’Égypte continue de croître. En effet, les importations en provenance d’Égypte ont considérablement augmenté, passant de 475 millions de dirhams en 2023 à 804 millions de dirhams en 2024. À l’inverse, les exportations marocaines vers l’Égypte ont chuté de 17 millions de dirhams à environ 11 millions de dirhams durant la même période.

Les tensions commerciales ne sont pas inédites. Elles avaient été partiellement apaisées après la visite de la ministre égyptienne de l’Industrie et du Commerce, Nevin Gamea, au Maroc, où elle avait rencontré son homologue marocain, Ryad Mezzour. Cette rencontre avait permis de résoudre temporairement la situation et de mettre en place un conseil d’affaires conjoint destiné à promouvoir les relations commerciales et industrielles entre les deux pays.

Cependant, de nouvelles tensions ont émergé, particulièrement en raison de la présence importante de produits égyptiens sur le marché marocain. En réponse, le Maroc a instauré, en 2024, une taxe sur l’importation de tomates transformées en provenance d’Égypte. Par ailleurs, le ministère marocain de l’Industrie et du Commerce a ouvert une enquête antidumping sur les importations de tapis et autres revêtements de sol fabriqués industriellement en Égypte, afin d’évaluer les pratiques commerciales de ce pays.

Le Maroc et l’Égypte se trouvent à un moment crucial de leurs relations commerciales. La réunion ministérielle prévue à Rabat sera déterminante pour rééquilibrer les échanges et résoudre les différends commerciaux, notamment en ce qui concerne les restrictions sur les exportations marocaines. Si cette rencontre est réussie, elle pourrait permettre de préserver l’accord de libre-échange et de renforcer les relations économiques entre les deux pays, tout en assurant que les droits et les intérêts de chaque partie soient respectés.